“Nous brûlons une poubelle à V Nous brûlons un vélo à V Nous salissons un mur. Nous effrayons une personne de plus de soixante ans. Nous offrons un bonbon à une personne de moins de dix ans et nous refermons aussitôt la main sur le bonbon pour qu’elle pleure. Nous projetons négligemment de l’index un mégot sur les trottoirs. Nous portons un tee-shirt Alain Krivine. Nous volons les tulipes des parterres municipaux pour les replanter dans nos jardins. Nous critiquons les ronds-points. Nous sommes prêts à en découdre avec l’inspection académique de V Nous sommes prêts à sonner sans motif plusieurs fois de suite à la préfecture de V. en dehors des heures d’ouverture. Nous délaissons sciemment le centre-ville afin que les petits commerces déposent leur bilan les uns après les autres et que la grande distribution l’emporte. Nous trions volontairement mal nos déchets : bouteilles en plastique dans le container papier, et inversement. A pied, nous ne respectons pas les passages piéton ; en voiture, nous ne respectons pas les passages piéton. Nous ne respectons pas les piétons.
D’où vient, me direz-vous, vous interrogerez-vous, vous consulterez-vous interminablement en vous-même, non cette flambée de violence (rien ne flambe à V, la ville tiédit lentement), mais ces violences acquises, cultivées, variées et constantes, ce petit matelas de violences sur lequel chacun repose et s’indigne tour à tour ? Il y a pourtant davantage de coiffeurs que de débits de boissons.”Nathalie Quintaine, Une oreille de chien, Éditions du Chemin de fer.


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