Russie: Ruée vers l'est ou pas?

Khanty-Mansiysk a des projets ambitieux: faire ériger par l’architecte britannique N. Foster une tour de verre « écologique » de 280 m.

Tandis que nos manuels décrivent une Sibérie qui se vide, Le monde du 27 juin 2008 consacre un article intitulé Ruée vers l’est à la ville de Khanty-Mansiysk en Sibérie occidentale. Hors, qu’y lit-on?

Vitrine du miracle pétrolier russe, cette ancienne terre de relégation attire de nouveaux pionniers

Khanty-Mansiysk n’a rien d’une cité russe ordinaire. Inutile de chercher les toits rouillés caractéristiques des villes moyennes de la gloubinka (province). Tout est neuf ou fraîchement repeint. Avec ses toitures rutilantes, ses immeubles colorés, ses rues proprettes bordées d’arbres, la ville, située à 2 000 km de Moscou, au milieu d’un marécage au croisement des fleuves Ob et Irtych, en Sibérie occidentale, a l’air d’une construction de Lego au coeur de l’austère taïga sibérienne…Capitale d’un territoire grand comme la France, d’où est extrait 60 % du pétrole russe, Khanty- Mansiysk, 65 000 habitants, est devenue le symbole de cette Russie où « il fait bon vivre » promise par le Kremlin

En quinze ans, grâce aux retombées de l’or noir, la ville a fait peau neuve. Elle s’est dotée d’un hôpital ultramoderne qui soigne toute la région. Son directeur adjoint, Alexeï Dobrovolski, 37 ans, est fier de montrer son « robot chirurgical », dernier cri. « Les Etats-Unis en ont 500, la Russie seulement 2, l’un est à Ekaterinbourg, l’autre ici. » Alexeï vient tout juste de suivre une formation à Strasbourg pour se servir de ce robot. Il a « opéré des cochons » pour se faire la main.

Le centre-ville arbore des fontaines kitsch, une salle de concert futuriste, un « centre artistique pour les enfants doués du Nord ». La galerie d’art fait ses emplettes chez Sotheby’s et Christie’s…

« J’aime ce qui est beau », confie [le gouverneur] un apparatchik à la crinière blanche. En place depuis dix-neuf ans, il a traversé sans encombre la chute de l’URSS, les persécutions contre Ioukos, l’annulation de l’élection des gouverneurs au suffrage universel… Depuis l’imposition par Vladimir Poutine de la « verticale du pouvoir », la région donne l’essentiel de ses revenus à Moscou, qui lui en reverse ensuite une partie. « Nous n’avons pas tant d’argent que cela ! Il en manque toujours ! », soupire le gouverneur.

En 2001, lors d’une visite à Novy Ourengoï, la ville du district autonome Iamalo-Nenets voisin, où sont extraits 80 % du gaz russe, Vladimir Poutine avait piqué une colère contre les « intermédiaires » qui prenaient leur dîme sur la vente de l’or bleu. « Où est l’argent ? », avait-il demandé abruptement à Alexeï Miller, directeur exécutif de Gazprom, resté sans voix. Quelques arrestations plus tard – Mikhaïl Khodorkovski, patron de Ioukos en 2003, Alexeï Barinov, gouverneur du district Iamalo-Nenets en 2006 -, le message a été entendu. « Les relations entre le business, la population, l’Etat, ont été revues à l’équilibre », résume sobrement le gouverneur.

Colonisés sous les tsars, peuplés à marche forcée par le pouvoir soviétique à coups de goulags et de zones de relégation, devenus à la fin des années 1960 le centre de l’attention des planificateurs communistes, la Sibérie et le Grand Nord détiennent la plupart des ressources naturelles du pays. Le territoire Iamalo-Nenets est riche en gaz, la région de Khanty-Mansiysk regorge de pétrole, la république de Sakha (ex-Iakoutie) recèle de l’or et des diamants.

Avec 1,5 million d’habitants seulement, la région de Khanty-Mansiysk, vaste territoire marécageux semblable à une éponge imbibée de pétrole, est la quatrième de la Fédération russe en termes de richesse. Le revenu moyen par habitant y est plus élevé qu’à Saint-Pétersbourg (653 euros par mois et par habitant contre 420 pour l’ancienne capitale impériale). Plus au nord, les habitants du district Iamalo-Nenets ont un niveau de vie plus élevé que les Moscovites (1 411 euros mensuels contre 868).

Attirés par les primes et le « paquet social » (crèches, écoles, hôpitaux hors normes, vacances payées), les ouvriers du pétrole et du gaz affluaient à l’époque soviétique. Mais ils ne restaient pas. Sitôt leurs contrats achevés, ils rejoignaient « la grande terre », la Russie d’Europe où le climat est plus clément et les infrastructures mieux développées. Depuis dix ans, les nouveaux migrants s’installent dans le long terme. « Il y a quarante ans, le territoire de Khanty-Mansiysk comptait 120 000 habitants. Aujourd’hui, il y en a dix fois plus », insiste le gouverneur.

Ukrainien de Kharkov, Viktor Sosietch, 36 ans, est venu tenter sa chance il y a treize ans. Il a trouvé à s’employer comme géologue pour un salaire de 650 euros mensuels. Il a fini par faire venir sa femme, Natalia, qui travaille dans une banque locale pour un salaire équivalent. Trois filles sont nées. Le ménage a commencé à vivre mieux lorsque Viktor, avec deux associés, a créé sa propre société de transport. Les bénéfices de l’entreprise assurent à la petite famille un revenu mensuel de 13 000 euros. Elle a acheté un appartement, voyage à l’étranger « au moins deux fois par an ». Valera, 7 ans, aime par-dessus tout « aller à la mer Rouge ». Malgré le climat – neuf mois d’hiver et quatre semaines d’été infestées de moustiques -, ils n’envisagent pas de vivre ailleurs. Une piste de ski avec remonte- pentes va être installée au pied de leur immeuble, l’école des filles est toute proche et « la ville connaît un faible taux de criminalité ».

Arrivés il y a douze ans de Magnitogorsk, grosse ville industrielle de l’Oural, les époux Chatskikh, la cinquantaine, enseignants au « centre artistique pour les enfants doués du Nord », ne quitteraient la ville pour rien au monde. Leurs salaires sont trois fois plus élevés que dans la partie européenne de la Russie. Et puis « la vie culturelle est telle ici que nous n’avons plus rien à envier à Moscou ! C’est la fin du complexe d’infériorité de la province russe ! », s’exclame Vladimir Vassilievitch.

Selon l’opposant Iouri Chagout, « 41 % des logements en ville sont vétustes ». Il faudrait construire davantage de logements sociaux, mais l’heure est à la spéculation immobilière. En vingt ans, la population de la ville a doublé. Grâce aux encouragements matériels prodigués aux jeunes mères, le taux de natalité est plus élevé (17 pour 1 000) qu’à Moscou (9 pour 1 000).

Marie Jégo

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