Le "miracle" économique japonais.

Cette note de lecture est une brève synthèse de l’entretien accordé à la revue L’histoire par Sébastien Lechevalier, et publié dans le n° de la revue.

On appelle « miracle économique » japonais la période pendant laquelle, de 1950 à 1974, l’économie japonaise connait une croissance moyenne de 10% par an, très supérieure à celle des pays développés.

L’auteur souligne tout d’abord la situation en apparence désespérée du japon à l’issue de la seconde guerre mondiale:

  • 3 millions de morts sur une population de 73 millions au début du conflit.
  • des pertes matérielles avec la detruction de la plupart des grandes villes.

Mais il nuance immédiatement ce propos en rappelant que cela fait régresser le Japon au niveau qu’il avait atteind… en 1935 (il est vrai en pleine crise économique mondiale (donc à un niveau inférieur à celui d’avant 1929). La guerre, souligne-t-il a également permis d’importants progrès dans certains secteurs:

  • la production d’acier a plus que doublée pendant la guerre, passant de 3 à 6,6 millions de tonnes, pour ne redescendre qu’à 5,6 à la fin du conflit.
  • La main d’oeuvre spécialisée n’a pas été mobilisée pour les besoins militaires, elle est donc disponible et intacte à la fin du conflit.
  • C’est pendant la guerre que s’est généralisé l’appel à la sous traitance qui assurera au système sa souplesse et sa réactivité pendant les trente glorieuses.
  • C’est pendant la guerre également que se met en place le système de financement original qui consiste à faire d’une banque le créditeur privilégié d’une entreprise, à des conditions avantageuses, en échange d’un droit de regard sur sa gestion (système dit de la « banque principale »).
  • L’intervention de l’Etat se prolonge après-guerre avec le « contrôle administratif » assuré par le MITI (Ministère de l’industrie et du commerce).


L’occupation américaine durera de septembre 1945 jusqu’en avril 1952. Dans un premier temps, les Américains cherchent à démocratiser la société japonaise. Ils démantèlent les zaibatsu et une nouvelle législation interdit les cartels. De même, une réforme agraire limite la concentration des terres. Cette mesure ainsi que la diffusion de nouvelles techniques agricoles, permet d’augmenter la production et d’améliorer les revenus agricoles (elle permet aussi comme à Taiwan, de limiter l’attrait des idées communistes dans les campagnes).

à partir de 1948 la responsabilité de la reconstruction passe au gouvernement japonais. Celui-ci met en place un système de production prioritaire, qui dans la période de pénurie de l’après-guerre, conduit à privilégier les industries lourdes (charbon et acier).

La détérioration de la situation en Asie orientale (perte de la Chine continentale, puis guerre de Corée) conduit les Américains à reconsidérer leur politique à l’égard du Japon. Il s’agit désormais de remettre sur pied le plus rapidement possible le pays, et d’en faire un allié. Une parité, très favorable au Japon est fixée: 1$ pour 360 yens. Elle perdurera jusqu’en 1971. la guerre de Corée stimule la croissance industrielle (indice 100 en 1949, 240 en 1954).

La période du miracle commence au début des années 50. Elle correspond à nos « trente glorieuses ». Les principaux secteurs d’activité sont alors:

  • le textile.
  • la sidérurgie.
  • la chimie.
  • le secteur de la machine-outil.

A partir du début des années 70, l’économie japonaise subit une série de chocs négatifs (fin du système de Bretton Woods, chocs pétroliers de 1973 et 1979, appréciation du Yen à la suite des accords du Plaza en 1985). Neanmoins, l’économie japonaise continue de croitre à un rythme de 5%/an, très supérieur donc à celui des économies occidentales.

Ce sont les années 90 qui constituent une véritable rupture, avec un taux de croissance qui ne dépasse plus 1%/an. On parle au japon de « décennie perdue ». Deux facteurs expliquent les bonnes performance de l’économie japonnaise: Les progrès technologiques et  à partir des années 70 surtout les exportations. Peut-on dès lors définir un « modèle japonais »? On peut considérer que c’est la combinaison des deux modèles suivants:

Pour certains, l’originalité du modèle se situe au niveau de l’organisation des firmes, qui repose sur l’établissement de relations à long terme entre les partenaires (actionnaires, direction, banque, personnel). Cela se traduit entre autre dans les grandes entreprises par « l’emploi à vie » (en fait un emploi à long terme, on ne licencie l’employé qu’après avoir épuisé toutes les autres solutions comme le chômage partiel, etc…. En contrepartie, on demande au salarié une sorte de patriotisme d’entreprise).

Pour d’autre, c’est à un niveau plus général qu’il faut chercher la recette du succès, dans les formes de coordination: Au sein des Keiretsu, entre les les grandes entreprises et leurs sous traitants, entre les entreprises et leurs salariés, à travers des relations sociales très formalisées (shunto: négociations salariales de printemps, grèves symboliques: un brassard au lieu d’un arrêt de travail, etc..). Contrairement aux idées reçues sur les japonais et la société japonaise, il s’agit de faire appel aux individus pour qu’ils gèrent les fluctuations de la demande et dans l’atelier les défauts de fabrication. Comme dans le modèle japonais en général, cette implication est obtenue en échange d’avantages concrets (stabilité de l’emploi, progression salariale et hiérarchique. Il s’agit donc de donnant-donnant.

Le toyotisme, qui s’est développé dans l’entreprise toyota, à partir des années 50, n’est que l’une des modalités, une des formes possibles de ce modèle. à la différence dutaylorisme qui mise sur la mécanisation à outrance, on peut parler dans le cas du toyotisme, d’humanisation. ce système n’a jamais été étendu à un grand nombre d’entreprises, contrairement à ce qui a beaucoup été dit ici (et bien sur dans de nombreux manuels de géographie…). Les Japonais ne sont pas des fourmis, si ils travaillent plus que les Français (- de 1800 heures contres – de 1600 en France), ils travaillent moins que les Américains (+ de 1900 heures par an).

Le système des « trois trésors » (« emploi à vie », salaire à l’ancienneté et syndicat d’entreprise) mis en place dans les années 50 est aujourd’hui largement abandonné. Les années 90 sont marquées par les conséquences d’une une forte dérégulation de l’économie entammée dans les années 80, et qui pour l’auteur est d’ailleurs à l’origine de biens des difficultés du pays (spéculation, foncière et financière). Les liens entre keretsu et sous traitance se sont dsitendus et il n’y a plus de véritable politique industrielle (disparition du MITI). Le Japon se raproche d’un capitalisme anglo-saxon (tout pour l’actionnaire, rien pour le personnel ou les intérêts à long terme de l’entreprise).

Les entreprises japonaises adoptent aujourd’hui des stratégies très diversifiées: Il n’y a plus de modèle japonais!

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