L'étrange histoire du contrôle des naissances.

Affiche de promotion du planing familiale à Chengdu en Chine (Mars 1985).
Sous ce titre, Helen Epstein propose dans la New York Review of Books datée du 14 août 2008, un compte rendu de deux ouvrages:

  • Fatal Misconception: The Struggle to Control World Population de Matthew Connelly, Belknap Press / Harvard University Press.
  • Reproducing Inequities: Poverty and the Politics of Population in Haïti de Catherine Maternowska, Rutgers University Press.

L’auteur rappelle qu’aux Etats-unis, dans les années 20, la promotion des moyens contraceptifs était strictment interdite, et punie par la loi. Margaret Sanger, fondatrice de l’American Birth Control League finit par imposer la légalisation des moyens contraceptif, malgrè l’opposition de deux groupes puissants:

  • Les milieux eugénistes qui craignaient de voir les Wasps submergés par les populations de couleur ou originaires d’Europe du sud et de l’est.
  • Les églises qui refusaient de dissocier le sexe de la procréation et considéraient la contraception comme un péché.

Aujourd’hui, le planning familial est disponible partout sur le territoire américain, et jusqu’en des endroits reculés, dans la plupart des pays en voie de développement. Cette situation est liée à l’action des Etats-unis, des années 60 aux années 80:

  • Les chercheurs américains mirent au point des contraceptifs, faciles d’utilisation et bon marché.
  • Un réseau mondial de services gouvernementaux, d’associations, financées par les Etats-unis, assura la promotion et la diffusion des pratiques contraceptives.

Le mouvement du planning familiale peut être considéré comme un succès majeur:

  • Il permet aux femmes de devenir plus indépendantes économiquement et socialement.
  • il permet également l’espacement des naissances, condition essentielle de l’amélioration de la santé des enfants et des mères (en réduisant les risques de complications, ou d’avortements liés aux grossesses trop rapprochées).

Sans nier ce bilan, les deux livres entendent montrer les aspects négatifs des politiques de contrôle des naissances:

  • Ces politiques conduisirent fréquemment à des atteintes aux droits de la personne, en particulier dans un certain nombre de pays asiatiques.
  • dans un certain nombre de cas, des contraceptifs, responsables de graves problèmes de santé, furent diffusés sans précaution.
  • En visant trop exclusivement à la réduction du taux de fécondité, sans se préoccuper du sort des population, ces programmes ont très souvent eu des résultats limités.

Pour les deux auteurs, ces erreurs méritent d’être analysées, car elles servirent d’arguments aux néoconservateurs pour remettre en cause dans les années 90 les subventions aux programmes de planning familiale.

Jusqu’aux années 40, la croissance de la population mondiale n’était pas perçue comme une menace. Les démographes pensaient qu’une stabilisation naturelle se produirait avec l’augmentation du niveau de vie: une meilleure alimentation, de meilleurs soins et les progrès de l’éducation d’une part, le développement de l’individualisme et de la consommation et l’urbanisation d’autre part conduiraient à des familles de dimension plus modeste.

Dans les années 50, la vision des démographes change du tout au tout. L’un d’eux, Kingsley Davis évoque la croissance de la population mondiale comme un Frankenstein qui provoquera le chaos économique, un désastre écologique et même des guerres pour la nourriture.

En 1966, le président Johnson pouvait affirmé que 5$ dépensés pour le contrôle de la population étaient plus efficaces que 100$ dépensés pour le développement économique. Point de vu confirmé par certains auteurs comme Paul Ehrlich qui publiait en 1968 son best-seller The Population Bomb.

Au yeux des spécialistes, l’Inde apportait la démonstration des risques encourus: Les Anglais avaient développé un système sanitaire et amélioré l’alimentation des populations, mais pour préserver leurs marchés, ils avaient découragé l’industrialisation du sous continent. En inde, l’évolution vers l’individualisme, lié à la hausse du niveau de vie ne s’était pas produite créant une situation intenable.

Le président Johnson n’hésita pas à utilisé l’arme alimentaire pour contraindre le gouvernement indien à développer sa politique de planning familiale. Il déclarait ainsi, peu avant une visite d’Indira Gandhi à l’un de ses conseillers qui suggérait une aide alimentaire d’urgence: « Are you out of your fucking mind? I’m not going to piss away foreign aid in nations where they refuse to deal with their own population problems ».

Ces pressions ne furent pas sans effets: au début des années 70, Le Bangladesh consacrait 1/3 de ses dépenses de santé au planing familiale. En inde ce chiffre atteignait 60%. Cela se fit évidement parfois au dépends d’autres besoins essentiels de la population.

Des années 60 aux années 80, des millions de personnes, en Inde et dans d’autres pays asiatiques furent stérilisées ou se virent proposer différentes méthodes contraceptives. Dans de nombreux cas cela provoqua de graves problèmes de santé, et parfois la mort. Les responsables des programmes de planning familial firent peu d’efforts pour y faire face et ne cherchèrent même pas à déterminer leur fréquence, ou leur gravité.
La préoccupation essentielle de ces programmes, était de mettre à la disposition des populations des traitements d’un usage simple, y compris pour des populations peu éduquées ou analphabètes.
Dans les années 60, le gouvernement américain diffusa ainsi largement des stérilets, non stérilisées, mis en place par des personnels de santé peut former et en nombre insuffisant. Quand des patientes américains poursuivirent une société qui avait mis sur le marché un stérilet peu fiable, voire dangereux pour la santé, lui reste que les Chine comme s’il racheta des milliers de stérilets désormais inutilisables sur le marché américain qui furent expédiées dans les pays du Sud. Au total un demi-million de ces stérilets furent utilisés dans 42 pays en développement, jusqu’en 1975, date de leur abandon définitif.
L’une des conséquences de ses choix désastreux fut de rendre les populations locales très méfiantes vis-à-vis des moyens contraceptifs proposés. Pour atteindre leurs objectifs les programmes de planning familial lancé par les États-Unis proposèrent alors aux hommes et aux femmes une alternative la stérilisation pendant la période d’État d’urgence dans les années 70, le gouvernement indien imposa la stérilisation à tous ceux qui souhaitaient recevoir des terres ou bénéficier des programmes d’irrigation ou d’électrification. Un diplomate suédois enquêtant pour la banque mondiale sur ses programmes admettait dans son rapport que : « dans bien des cas les histoires qui évoquent le cas de jeunes hommes encore célibataires contraints de se faire ce télévisé correspond à la réalité. Les officiels indiens recrutaient des volontaires, hommes et femmes, en leur offrant l’équivalent de trois fois le salaire annuel moyen. Dans les régions les plus déshéritées, de nombreuses personnes se portèrent volontaires, parmi elles de nombreuses femmes ayant dépassé 50 ans, et même Et et même des hommes de 70 ou 80 ans.
La politique, plus extrême encore, les autorités chinoises dans les années 80, reçu elle aussi un certain soutien des autorités américaines. La Chine adopta la politique de l’enfant unique. De nombreux témoignages, publié dans la presse internationale en 1981, rendait compte des violences faites aux femmes, conduite par autobus entiers vers les hôpitaux où on les forçait à avorter, certaines d’entre elles menottées.
À partir de 1983, cette politique coercitive devient officielle en Chine. Toutes les femmes ayant déjà un enfant, devait recevoir un stérilet. Tous les parents ayant déjà deux enfants ou plus, devaient être stérilisés. Toute grossesse none autorisée conduisait obligatoirement un avortement.
En dépit de ces atteintes très graves aux droits de l’homme et de la femme, les autorités internationales, y compris l’organisation des Nations unies, continuèrent d’apporter leur soutien aux autorités chinoises.
Hors d’Asie et politique de planning familial furent beaucoup moins contraignantes. Elles furent cependant tout aussi inhumaines parfois.

Dans son livre, Catherine Maternovska décrit un programme précis du planning familial à Haïti dans un bidonville à la périphérie de Port-au-Prince la Cité-Soleil. Les habitants de la Cité-Soleil sont des migrants venus des campagnes haïtiennes. Pour ces paysans, un grand nombre d’enfants signifie davantage de bras pour produire et assurer la subsistance de la famille. Dans ce pays 80 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et seule la moitié des adultes sont alphabétisés. Au début des années 80, les femmes de la Cité-Soleil avaient en moyenne 4,7 enfants. En 1983 une cliniques du planning familial financé par les États-Unis avec son équipe de docteurs, infirmière, et pharmaciens s’est installée. Ce personnel était composé de haïtiens, relativement privilégiés, est chargés d’aider les femmes à choisir la méthode contraceptive la plus efficace. La clinique employait également des équipes chargées de faire du porte-à-porte pour convaincre les femmes de venir consulter. Pour obtenir des subventions, le personnel devait justifier auprès de ses bailleurs de fond américains de l’efficacité de ses résultats. Mais le programme s’est très vite heurté aux mentalités des populations du bidonville, qui souhaitaient toujours avoir un nombre élevé d’enfants. au début des années 90, 10 % des femmes utilisaient des contraceptifs et le taux de natalité n’avait pratiquement pas bougé. La raison principale de l’échec du programme était la précarité économique dans laquelle vivaient les habitants du bidonville. Pour survivre, les femmes pauvres devraient pouvoir s’appuyer sur la présence et le travail même irrégulier d’un homme loyal. Pour obtenir cette loyauté, le meilleur moyen était encore de lui donner régulièrement des enfants. Les difficultés de la vie quotidienne, loin de décourager les hommes d’avoir davantage d’enfants, les incitaient par fierté masculine et machisme, à exiger de leurs compagnes de nouveaux enfants chaque année.

C’est ainsi qu’une mère de 12 enfants pouvait déclarer : « Vous continuez avoir des enfants pour garder le mari ». Les équipes du planning familial, loin de tenir compte de ces particularités, refusait d’écouter les plaintes des femmes, lorsqu’elle n’étaient pas directement liées à l’usage des contraceptifs. Parfois les médecins donnaient à ces femmes des conseils totalement irréalistes, par exemple de nourrir leurs jeunes enfants avec des œufs et des légumes. Lorsque une femme leur demanda : « où suis-je censé trouvé ces choses ? » Le docteur changea brusquement de conversation et lui conseilla l’usage des contraceptifs.

Pour l’auteur, la seule façon de sortir de cette impasse est le développement économique et la protection des droits humains. Au cours de sa recherche, elle a découvert que certains programmes du planning familial fonctionnaient très bien à Haïti à condition d’être liés à un effort réel pour améliorer la vie quotidienne des populations. Dans les années 60, un projet pilote qui associait l’élevage du cochon, le développement de petites entreprises familiales et le planning familial réussi t à atteindre un taux de 40 % pour l’usage des contraceptifs, quatre fois plus que dans le bidonville de Cité-Soleil.

En septembre 1994, un groupe de femmes qui assistaient à une conférence sur la population et le développement au Caire proposa l’abandon de tous les programmes qui fixaient un objectif chiffré. Leur principal argument était que le taux de natalité s’était partout effondré et au même rythme, là où existaient des programmes de planning familial et la où il n’y en avait pas.

C’est à cette époque malheureusement, alors que les abus causés par les programmes de planning familial commençaient à être connus, que les républicains, devenus majoritaires au congrès imposèrent une coupe de 35 % dans les financements de ces programmes. Le principal résultat de cette décision, est qu’aujourd’hui encore, des millions de femmes pauvres à travers le monde n’ont pas accès à des moyens contraceptifs et à des conseils sur la contraception. Le thème de la surpopulation est revenu à la une de l’actualité, après les famines sporadiques provoquées par les guerres en Afrique, et avec la question, devenue centrale, du réchauffement climatique.

En réalité la croissance de la population n’est probablement pas un problème aussi préoccupant que le pensent un certain nombre de spécialistes. Certes, le Congo et le Kenya pourraient avoir aujourd’hui une population moitié moindre que celle qu’ils ont atteint. Leur situation en serait-elle pour autant meilleure ? En 1994, le génocide au Rwanda fut attribué à la surpopulation. Mais la brutale expulsion des Tutsis de leurs fermes se produisit bien avant, en 1959, alors que la population était égal à un tiers de celle de 1994

De même l’essentiel du risque climatique est provoqué par la croissance de la Chine et les pays du nord où les taux de natalité sont très bas. L’avenir de la planète sur ce plan dépend moins du nombre d’enfants nés en Ouganda que des choix économiques qui seront faits dans les pays occidentaux.

De même le risque de pénurie alimentaire dont risque de souffrir le monde de plus en plus fréquemment pourrait être résolu par quelques décisions pragmatiques dans les pays riches plus efficacement que par une politique agressive de contrôle des naissances dans les pays pauvres : diminution des subventions agricoles, abandon du projet de développement des agro-carburants, réduction de la consommation de viande.

Dans les pays pauvres, le développement de la santé, de l’éducation, en améliorant la qualité de vie de millions de personnes entraînerait presque automatiquement une réduction de la natalité. Comme Amartya Sen l’écrivait voici 14 ans dans la New York Review of Books, la clé pour faire baisser le taux de natalité ne réside pas dans l’usage du contraceptif seul, mais dans la qualité d’éducation et des soins. C’est de cette façon, en donnant davantage de droits et de pouvoir aux femmes, aux femmes éduquées, qu’on les incite à avoir moins d’enfants, en meilleure santé qui à leur tour en grandissant, deviendront plus fort plus grands et intellectuellement mieux à même de veiller sur leur propre famille tout naturellement moins nombreuse.

Malheureusement tel n’était pas la priorité de ceux qui finançaient les programmes de planning familial. Alors même que ces programmes perdaient leurs financements dans les années 80, les autres programmes de développement étaient également touchés. Lorsque se déclencha dans les années 70 la crise de la dette, les pays riches exigèrent des pays pauvres endettés qu’ils réduisent leurs dépenses. Pour y parvenir, ces pays supprimèrent des milliers d’emplois d’instituteurs, de docteurs, d’infirmières ou réduisirent leurs salaires. Les programmes de soutien à l’agriculture disparurent et les murs des cliniques et des écoles croulèrent faute d’entretien…

Lorsque dans les années 50, les programmes d’aide au développement se multiplièrent, ce fut d’abord par crainte du communisme, et de voir se multiplier le nombre des pauvres revendicatifs dans les pays du Sud. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation similaire. L’économie mondialisée qui exclut une grande partie de la population de la planète est lourde de menaces.

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