Note de lecture: La grande dépression.


The forgotten Mann : A new history of the great depression ‘Amily Shlaes, HarperCollins, 464p, $26.95
Long-range public investment: The forgotten legacy of the New deal de Robert D Leighninger Jr, University od South Carolina Press, 265p, $24.95
Compte rendu dans la New York Review of Books du 8 novembre 2007 par Benjamin M. Friedman

La crise des années 30 a une dimension mondiale. Dans les économies les plus avancées, la chute de la production et de l’emploi a été plus forte et plus longue que durant toute autre crise dans l’histoire. Dans de nombreux pays, ce désastre économique eut également de profondes conséquences politiques, en particulier l’arrivée au pouvoir du parti nazi en Allemagne, mais également le renforcement de forces d’extrême droite fascistes (qui se traduisit finalement  en France par le régime de Vichy). Ils encouragèrent aussi une partie de l’opinion en Grande-Bretagne et en Amérique a flirter avec l’extrême droite.

Les États-Unis furent avec l’Allemagne l’un des pays les plus gravement touchés par cette catastrophe économique. Aujourd’hui encore, le débat est vif sur les causes qui provoquèrent cette crise sans précédent. Aux États-Unis la plupart des économistes considèrent que la gravité de la crise fut essentiellement provoquée par les erreurs de la réserve fédérale et des hommes politiques. Si la réserve fédérale avait adopté une politique beaucoup plus souple en mettant à la disposition des banques les fonds dont elles avaient un urgent besoin, l’issue de la crise eut probablement été très différent. De même, la politique consistant à relever les tarifs douaniers pour équilibrer le budget en augmentant les rentrées fiscales, eut des conséquences catastrophiques. Enfin, l’absence d’assurance sur les dépôts bancaires, qui priva de nombreuses familles de leurs économies, aggrava considérablement la crise.
L’effondrement du marché boursier ne fut en lui-même que le symptôme d’une crise beaucoup plus large. Il en est en aucun cas la cause.
À long terme, la conséquence la plus fondamentale de cette crise, fut le rejet par l’opinion et le monde politique du credo qui avait longtemps prévalu, celui d’un équilibre naturel des marchés assurés par la liberté d’entreprendre. Il devient évident qu’en période de crise, une période de l’État était indispensable. C’est seulement avec la seconde guerre mondiale que l’économie américaine retrouva le niveau de prospérité qu’elle avait connue avant octobre 1929.
Dans la société américaine de l’entre-deux-guerres, une part croissante de la population occupait des emplois salariés, souvent dans de grandes sociétés. Ces nouvelles couches salariées étaient incapables de se protéger contre les conséquences d’une grave crise économique. Dans ce contexte, l’éthique protestante évoquée par max. Weber, qui fait de la réussite matérielle d’un individu le critère de sa valeur, fut largement remis en cause.
Pour de nombreux Américains, qui refusait de se considérer comme responsable de leur situation, et qu’il n’avait aucun moyen de se protéger et de protéger leurs familles, le rôle que pourrait jouer le gouvernement pour résoudre la crise devient une question centrale. Dans la plupart des pays avancés, la réponse à la dépression consista en une intervention du gouvernement, beaucoup plus conséquente que dans les périodes précédentes aux États-Unis, cette intervention se trahit l’usine par la création d’une sécurité sociale, d’une assurance contre le chômage, d’une assurance des dépôts bancaires, d’une régulation des marchés financiers, et d’une assistance aux personnes dans le besoin. La frontière entre ce qui devait relever du secteur public et du secteur privé s’en trouva fortement déplacée.

À l’époque, les Américains furent frappés par le contraste entre la vigoureuse expansion économique de la fin des années 20, en particulier la forte progression du marché boursier, et la profondeur de la dépression qui suivit. En réalité, les résultats économiques après la première guerre mondiale furent très contrastés. Quelques mois après l’armistice, commença une période de récession qui dura jusqu’au printemps de 1919. Une nouvelle récession plus profonde et plus longue, commença l’année suivante et durera un an émis jusqu’au milieu de l’été 1921. Deux autres périodes de ralentissement, d’une durée plus d’un an, se produisirent en 1923 – 1924 et 1926 – 927 au total, sur les 132 mois, d’août 1918 à août 19 129,52 connurent un recul économique. Mais la récession qui commença avec l’été 1929 était différente. La production totale était en 1930 de 9 % inférieure à celle de 1929 la plus forte jamais enregistrée aux États-Unis. Pendant les trois années suivantes, on observa des thèses successives de 6 %, puis 13 %, et finalement d’un pour cent. Au total, la production industrielle chuta de moitié, et dans certaines industries clés de bien davantage encore. La production d’acier tomba de 62 millions de tonnes à 15 millions de tonnes. L’extraction de fer s’effondra en deux 74 millions de tonnes à 10 millions.
Avec une chute de la production et des ventes, les entreprises ne furent pas en mesure de conserver le même nombre employé. Le chômage qui représentait moins de 3 % de la population active en 1929 a atteint le taux de 23 % en 1932. Privés de salaire, de nombreuses familles ordinaires durent réduire leurs dépenses. Les achats de nouvelles automobiles par exemple tombèrent de 4,5 millions en 1929 à un 1 million en 1933. Incapables de payer leurs loyers, où les traites de leurs maisons et appartements, de nombreuses familles furent expulsées, donnant naissance à des « Hoovervilles », campement de fortune, bidonvilles à travers tout le pays. Le revenu par habitant retomba niveau atteint en 1900. La chute des ventes, provoqua à son tour l’effondrement des investissements les investissements dans de nouvelles machines, dans de nouvelles usines qui atteignaient 11 milliards de dollars 1929 tombèrent à 3 milliards de dollars en 1933. Alors qu’on construisait un demi-million de nouvelles maisons en 1929, ce chiffre ne fut que de 93 000 en 1933.
Mars 1933 fut le point le plus bas de la dépression. La production totale augmente pas de 11 % en 1934, de 9 % en 1935, et de 13 % en 1936, retrouvant enfin le niveau de 1929. Mais dans de nombreux secteurs, les entreprises réussissaient désormais à atteindre ces résultats avec une main d’œuvre beaucoup moins nombreuse.
Le nombre d’Américains qui en 1936, occupaient un emploi d’un agricole atteignait tout juste 30 millions, contre 33 000 007 ans plus tôt, et alors même que 4 millions d’Américains employés par des programmes fédéraux, n’apparaissait pas dans les statistiques du chômage, qui se maintenait aux alentours de 10 %.
En 37, la production augmenta à nouveau de 5 %, mais en 38 et chuta de 3 %. La plupart des des économistes attribuent s’être chute à l’adoption d’une politique monétariste plus classique visant à restaurer l’équilibre du budget et à renforcer la fiscalité.
La politique keynésienne, visant à augmenter le déficit en période de crise, n’était pas à l’époque celle du gouvernement américain et de la réserve fédérale. Ces derniers restaient attachés à l’idée d’équilibre budgétaire. Ce déclin de la production s’arrête à milieu de l’année 1938, et l’année 39 fut à nouveau une année de forte croissance avec une augmentation de la production de 8 % suivis d’une augmentation de 9 % en 1940. Mais le marché de l’emploi resta caractérisé par un fort chômage, qui ne prit fin en 1942, première année complète au cours de laquelle les États-Unis participèrent à la seconde guerre mondiale.

Durant cette période, Roosevelt et son administration transformèrent profondément de larges secteurs de l’économie américaine. Des programmes d’emplois comme le CCC (Civilian Conservation Corps) et le WPA (Works progress Administration) procurèrent du travail à quelque 8 millions de personnes. Au total, c’est près d’un Américain sur cinq, à un moment ou un autre, qui reçu une aide directe de l’État fédéral à travers l’un de ces programmes. C’est ainsi que ces programmes permirent, malgré la crise, une chute du taux de mortalité infantile aux États-Unis pendant les années 30. Le Homeowners Loan Corporation et le Farm Credit Administration refinancèrent un cinquième des prêts immobiliers et des prêts hypothécaires concernant les fermes. L’US Housing Authority fournit des maisons à loyer modéré. L’Agricultural Adjustment Administration soutint les prix des produits agricoles. La Tennessee Valley Authority permit l’électrification de nombreuses régions du sud des États-Unis. Enfin, dans de nombreuses industries, des autorités de régulation furent mises en place.

Le premier ouvrage fait État des débats au sein de l’administration Roosevelt (le Brain Trust) et de l’opposition que rencontrèrent certaines de ses mesures, conduisant par exemple en 1935 la cour suprême, a déclarer inconstitutionnel le National Recovery Administration. Le new deal est un défi à tout ceux qui aujourd’hui veulent nier l’utilité d’une intervention de l’État dans l’économie. On considère généralement que la répugnance du président Hoover à intervenir a transformé une crise ponctuelle en dépression. L’auteur, ancienne journaliste au Wall Street Journal tente de démontrer que l’action de Roosevelt n’est pour rien dans le redressement des États-unis. Elle cherche d’abord à montrer que Hoover a été plus actif face à la crise qu’on ne le croyait généralement ; Mais c’est pour imputer à son activisme la responsabilité d’une aggravation de la crise : « De 1929 à 1940, de Hoover à Roosevelt, l’intervention de l’État a contribué à approfondir la crise ».

Sa démonstration présente quelques faiblesses. Elle nie le redressement rapide qui se produit dès 1933 (la production industrielle est en décembre 1933, supérieure de 32% au niveau atteint en juillet 1932). En revanche, elle accorde une grande importance à la rechute de 1937-1938.

Conformément à l’idéologie néo conservatrice, l’auteur cherche également à démontrer que le new Deal a empêché les entreprises d’innover. En favorisant l’accès au crédit, en encadrant la fixation des salaires et le marché de l’emploi (ce qui fit progresser le salaire réel et baissé le chômage) la politique de Roosevelt aurait freiné les embauches : « La peur gela l’économie» !

Mais, comme le souligne l’auteur de l’article, le maintien d’un chômage élevé ne doit pas faire perdre de vue le redressement rapide de la production et l’élévation de la productivité (les années 30 sont la période du XX° siècle où la productivité progresse le plus rapidement aux États-unis). De plus, pour l’historien Alexander Field, la période 1929-1941, voit d’importants progrès technologiques (Chimie, aéronautique, production et distribution de l’électricité, transports, communications, génie civil). Beaucoup d’innovations qu’on attribue généralement à la seconde guerre mondiale, remonte souvent en réalité à cette période d’avant guerre.

La démonstration de Shlaes s’accompagne également d’un dénigrement systématique de la personnalité de Roosevelt. Enfin elle ne permet pas de comprendre le caractère international de la crise et le redressement très inégal des économies à la veille de la seconde guerre mondiale. Il semble bien pourtant que le système monétaire, basé sur l’or (gold standard), porte une lourde responsabilité dans la persistance de la crise, en particulier dans les pays, comme la France, qui se refusèrent le plus longtemps à l’abandonner. Elle néglige également de reconnaître le poids de la crise internationale sur la profondeur et la durée de la crise américaine.

Le second ouvrage adopte un tout autre point de vue, et cherche à démontrer l’influence à long terme sur la société américaine. l’auteur énumère longuement, témoignages photos à l’appui, les nombreux ouvrages d’art, bâtiments, équipement construits grâce aux programmes du New Deal. Il montre comment les financements publics permirent à de nombreux projets, rentables, mais pas immédiatement, d’être réalisés (par exemple l’électrification d’une grande partie du sud des États-unis). Les programmes contribuèrent également à atténuer les souffrances de millions d’Américains pendant cette période, et ils y contribuent encore plus de 70 ans après celle-ci.

En conclusion, l’auteur s’interroge sur les voies si dissemblables que prirent à cette époque les États-unis et l’Allemagne. À la veille de la crise, le parti nazi ne recueillait que 2,8% des voix aux élections allemandes. C’est la dépression qui leur permit d’accéder au pouvoir. La politique de justice sociale adoptée aux États-unis conduisit au renforcement de la démocratie. Si incomplète qu’elle soit, la réponse des autorités américaines à la crise immobilière, et désormais financière, qui secoue le pays depuis l’été 2008 constitue sans doute la meilleure défense possible du New Deal et de la nécessité d’une intervention publique qu’on pouvait imaginer.

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