Tous les chemins mènent à… Cambrai.

Notre collègue Dominique Chathuant, rappelle quelques vérités sur la liste H-Français (liste des professeurs d’histoire et géographie)

« De gauche à droite, de Laurent L à François F ou Jean S. (sur son blog à
propos de Ramatoulaye Y.), de la radio à « C dans l’air », le contexte de
l’élection américaine donne le droit à quiconque de dire n’importe
quelle bêtise sur les pionniers d’une élite politique française non
représentative du référent monocolore….

Rétablissons les pendules :
Le premier député noir dans une assemblée française ?
1794. Jean Baptiste Bellay, ancien esclave de Saint-Domingue né en
Afrique. Les deux suivants arrivent en 1848 de Guadeloupe (Louisy
Mathieu suppléant d’un professeur d’histoire nommé Henri Wallon, père de
l’amendement qui porte son nom) et Martinique (Victor Mazuline).
Le premier maire noir en France  métropolitaine ? 1929.
Il n’est pas breton mais martiniquais. Raphaël Elyzée élu SFIO de Sablé sur
Sarthe (commune de l’actuel premier ministre) en 1929. D’où l’idée
rapportée sur le blog de M. Jean S. , fils de chef d’Etat, que M.
François Fillon bien au fait de cette affaire ait motivé Ramatoulaye
Yade au début du septennat en lui faisant parvenir la petite biographie
éditée par une association sabolienne. Un livre sur les noirs dans les
camps nazis a récemment repris cette bio de façon tronquée (qui fait à
tort porter la responsabilité de l’éviction de ce maire aux Allemands et
non à Vichy) en reproduisant une lettre écrite par un officier allemand
à propos du refus de l’occupant de traiter avec un maire noir.

Le premier député non-blanc élu en France métropolitaine ?
1936
Il s’agit du « mulâtre » guadeloupéen Elie Bloncourt, aveugle de guerre
tombé à Château Thierry et ramassé par les Allemands. Devenu prof de
philo à la Fère (02), puis conseiller d’arrondissement et député SFIO élu
dans la 2e circonscription de l’Aisne. Résistant en 1940. Sa notice sur Wikipédia est un collage que j’ai pris de mon article
toujours pas rémunéré : « Elie Bloncourt, député de l’Aisne », in J. Corzani (Bordeaux III, dir), Dictionnaire encyclopédique
Antilles-Guyane, Désormeaux, Fort-de-France, 1992-1998. Des ajouts de bonne qualité ont été effectués par deux autres
contributeurs. Pour les gens de l’époque, Bloncourt était un mulâtre
guadeloupéen même si le terme n’a pas de sens hors d’un contexte
sociologique antillais (la race n’existe pas et Obama et Noah sont donc
noirs par rapport à un référent blanc plutôt que métis par rapport à un
concept de race qui n’existe pas)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Elie_Bloncourt

Le premier député noir élu en métropole. Le Guyanais Monnerville élu radical après guerre en 1946 dans le Lot.
Le premier ministre non-blanc ?
Henry Lémery, républicain assez conservateur, perçu comme mulâtre
martiniquais très clair de peau est sous-secrétaire d’État au Commerce, à l’Industrie, aux
P&T, aux Transports maritimes et à la Marine marchande dans le cabinet Clemenceau (1917-1920). Lémery est Garde des sceaux sous Doumergue (1934). Le second est Alcide Delmont,perçu comme mulâtre en Martinique. Elu d’un petit groupe de centre gauche, nommé dans le cabinet de centre droit de Tardieu
(1929-1930)
La nouvelle fait sensation … chez les militants noirs américains.

Le premier ministre franchement noir ? C’est le Sénégalais Blaise Diagne, député des Quatre communes du Sénégal
depuis 1914. Nommé par Laval (1931) dans un cabinet de centre-droit sous
secrétaire d’Etat aux Colonies mais il avait déjà rang de ministre
pendant la guerre, en Afrique pour le recrutement des troupes coloniales.
Le second est le Guadeloupéen Gratien Candace (modéré entre gauche et droite)
dans le cabinet de centre-gauche Herriot de 1932 puis de Joseph
Paul-Boncour (1932-1933). C’est donc avec un statut d’ancien ministre français que le Guadeloupéen
défend à Madrid, contre les accusations d’esclavagisme, les valeurs du
travail de la France coloniale. Lémery, sous-secrétaire d’état aux
Transports maritimes de Clemenceau (nov. 1917-déc. 1918), est . Le 3e est sous le Front populaire, Monnerville dans les cabinets Blum (1936-1937)
et Chautemps (1937-1938)

Le premier haut-fonctionnaire noir ? Le Guyanais Félix Eboué, gouverneur de la Guadeloupe sous le Front
populaire mais qui a déjà été gouverneur par interim de la Martinique en
1934.
Le premier vice-président de la Chambre non blanc ? Gaston Gerville-Réache, « mulâtre guadeloupéen » républicain modéré, élu à la VP en 1904.
Le premier vice-président de la Chambre franchement noir ? Gratien Candace, député élu en Guadeloupe depuis 1912.
VP élu à gauche en 1938, 1939 et 1940.

Tout cela est détaillé dans le numéro 101 de Vingtième siècle…

Dominique Chathuant
http://www.clionautes.org/spip.php?auteur248
REIMS

Publicités

1 Response to “Tous les chemins mènent à… Cambrai.”


  1. 1 meh 5 novembre 2008 à 10:33

    Toujours sur la défensive ????
    Moi j’adore les friandises..
    Sinon, il a fallu gratter pour trouver des exemples depuis 2 siècles…Et depuis 1940, à part les « coloniaux », genre Senghor ?
    Et aujourd’hui, qqs ministres certes mais combien de députés issus , comme on dit ,de la diversité ? Combien de maire de grandes villes (on se rappelle de celui de New York.)
    Le problème sera résolu quand il ne tiendra plus de l’exception , de l’exemplarité mais de la norme…
    A part cela, cher collègue , bon fin de vacances !


Comments are currently closed.



Site histoire-géographie: Mode d’emploi.

Pour accéder aux fiches des cours et aux documents mis en ligne, cliquez sur la page correspondant à votre classe.
Pour retrouver des informations sur un thème, consultez la page Archives ou le nuage de tags.

Entrez votre adresse e-mail pour souscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par email.

Rejoignez 13 autres abonnés

Archives

Catégories


%d blogueurs aiment cette page :