Laurent Davezies, La république et ses territoires (épisode 5 et final).

Les transferts privés de revenus.
L’effet inégalitaire des transferts publics est renforcé par celui des transferts privés. Sur l’année 2003, la durée du temps de travail des français ne représente plus que 8% de leur temps de vie total. On assiste au développement d’une économie du loisir et de la consommation. Il y a donc une circulation nouvelle entre les lieux de production et les lieux de consommation.

La dissociation résidence travail.
Entre 1970 et aujourd’hui, la distance domicile-travail a doublé passant de 6 à 12 km. En Île de France, 7% de la masse salariale est versée à des gens qui n’y résident pas ou plus. Ainsi la Plaine de France en Seine Saint Denis produit des revenus qu’elle ne voit pas la moitié des employés résident ailleurs, 85% des plus qualifiés… Ces transferts bénéficient à d’autres communes, y compris rurales. Sur ce dernier point, une remise en cause rapide est possible avec le renchérissement du prix du pétrole.
Le tourisme.
Les flux de revenus liés au tourisme constituent un appoint majeur pour de nombreux territoires : touristes et résidents secondaires ont dépensé 90 milliards d’€ en 2005. En dehors de Paris, les quelques 1,3 milliards de nuités touristiques ont été dépensées loin des lieux de production. Avec une balance touristique de l’ordre de 15 milliards d’€c’est un apport non négligeable. Les franciliens ont dépensé 8 milliards d’€ de plus en province que les provinciaux à Paris en 1999. La géographie de ces transferts est comparable à celle des retraités. Une différence de taille doit être observée par rapport aux transferts publics : certaines régions sont doublement pénalisées (comme le nord pas de calais par exemple). Les principales régions bénéficiaires sont le Languedoc, la PACA, la Bretagne et l’Aquitaine.
La nouvelle économie géographique.
Le père de cette théorie est l’Américain Krugman. A ses yeux, les régions les plus avancées économiquement, les plus densément peuplées, les mieux gérées, disposent d’avantages décisifs et cumulatifs. Elles sont les plus efficaces dans la concurrence internationale et la mondialisation. Leur avantage comparatif est donc destiné à se renforcer. Dès lors, toute politique de rééquilibrage territorial devient inutile, voir nuisible… On observe d’ailleurs depuis les années 80 à un retour des inégalités de pib entre territoires au profit des capitales économiques, des métropoles.
Dans cette optique, l’avenir appartient aux grandes, voir aux très grandes villes.
Pour l’auteur, l’acceptation de cette théorie est trop simplificatrice, voir déjà dépassée. Bien sûr, elle repose sur des faits réels. L’avantage comparatif au niveau du coût salarial, des régions périphériques s’est estompé, ce qui explique les délocalisations. D’autre part, les effets conjugués de la mondialisation et de la métropolisation favorisent bien au niveau productif les territoires les plus riches, les plus développés, les plus modernes, mieux à même de s’adapter aux évolutions permanentes du système.
Ce changement de perspective : la priorité passe de l’aménagement du terrioire à la compétitivité, explique le changement de nom de la DATAR devenue Diact.
La théorie de la base économique.
L’auteur propose de recourir à cette théorie déjà ancienne (début XX°, voir XVIII°…) qui fait dépendre le développement d’une ville des revenus qui viennent l’irriguer : « Si un prince ou seigneur, qui a reçu de grandes concessions de terres lors de la conquête ou découverte d’un pays, fixe sa demeure dans quelque lieu agréable, et si plusieurs autres seigneurs y viennent faire leur résidence pour être à portée de le voir souvent et jouir d’une société agréable, ce lieu deviendra une ville, : on y bâtira de grandes maisons pour la demeure des seigneurs en question ; on y bâtira une infinité d’autres pour les marchands, les artisans et gens de toutes sortes de professions que la résidence de ces seigneurs attirera dans ce lieu. Il faudra pour le service de ces seigneurs : des boulangers, des bouchers, des brasseurs, des marchands de vins, des fabricants de toutes espèces » . Dans ce modèle, une région très productive (comme la région parisienne), peut voir sa situation évoluer moins favorablement que des régions parfaitement oisives : l’auteur ajoute à la citation de Cantillon cette phrase : « On croirait que Cantillon nous décrit le Lubéron ! ».
On imagine comment cette théorie peut redonner de l’espoir à certaines régions, mais aussi comment les évolutions en cours (hausse du pétrole, diminution du nombre d’emplois publics) peuvent influencer la répartition de la richesse sur le territoire.

à télécharger:
La république et ses territoires fiche de lecture.

à consulter sur le site La vie des idées:

http://www.laviedesidees.fr/Paris-s-endort.html

http://www.laviedesidees.fr/Economie-francilienne-et-si.html

http://www.laviedesidees.fr/Paris-ville-monde-dans-une-France.html

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