Les femmes de ménage ne dirigent pas l'Angleterre.

po081222

Texte extrait de l’excellent n° du Manière de Voir consacré en juin-juillet 2008 aux riches:

à propos des « super-riches », 30000 personnes qui en Grande-Bretagne gagnent plus de 500000£ par an

Durant la période relativement brève où Travelodge leur a appartenu, Permira et les investisseurs de son fonds ont réalisé un profit d’environ 450 millions de livres. Et, selon la répartition normale des bénéfices, la part des gestionnaires de Permira doit tourner autour de 90 millions (qu’ils n’ont pas nécessairement empochés immédiatement). En outre, grâce à la générosité du ministre des finances, qui a abaissé le taux d’imposition des gains réalisés sur ce type d’investissements, Buffini et ses collègues ne paieront pas plus de 10% d’impôts sur les millions que l’affaire leur rapportera à chacun (en pratique, ils ne devraient payer que 5 %).

Comparons l’évolution de leur rémunération à celle du personnel d’entretien ménager de Travelodge. Selon Permira, le temps que prend le nettoyage d’une chambre
a été réduit de 40 à 25 minutes. Grant Hearn, le directeur de Travelodge, m’a expliqué que la durée de ce ménage n’est plus désormais que de 20 minutes (la compagnie ayant fait réaliser un DVD spécial pour apprendre aux employés comment devenir de super-agents d’entretien). La productivité des femmes de ménage aura ainsi doublé. Mais seule une fraction de ces gains de productivité aura été redistribuée au personnel sous forme de hausses de salaires. Un phénomène inévitable sur un marché où il n’y a pas de pénurie de femmes de ménage. (..) En outre, le fisc retient une proportion plus grande des petits salaires des employés de Travelodge que des formidables gains de M. Buffini et de ses collègues. Est-ce juste? Est-il approprié que la fiscalité et le système de sécurité sociale penchent à ce point en faveur des gestionnaires de fonds d’investissement privés et contre ceux qui gagnent le moins? Question stupide, peut-être.

La colère suscitée par les fonds d’investissement privés tient aussi au partage des risques et des bénéfices. Quand on rachète une entreprise et qu’on la grève de nouveaux emprunts, le risque de rencontrer des difficultés s’accroît sensiblement. Et si l’entreprise — Dieu nous en garde — fait faillite, les dégâts touchent à la fois la société de capital-investissement qui a monté l’opération, les investisseurs qui la soutenaient, les créanciers, la direction, mais aussi les employés. Inutile de préciser que ces derniers se retrouveraient probablement sans travail. Au contraire, lorsque les affaires marchent bien, de somptueux bénéfices sont alloués aux gestionnaires, aux investisseurs, aux créanciers et à la direction. Mais, hormis les rares cas où la direction du fonds se montre particulièrement éclairée, la plupart des employés ne recueillent que des miettes. (..) Ainsi, qu’elles le veuillent ou non, les femmes de ménage sont obligées de supporter une grande part du risque encouru lors du rachat.

Robert Peston, Who Rues Britain ? How Britain’s New Elite Are Changing Our Lives, Hodder & Stoughton, Londres, 2008.

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