Le protectionnisme: Satanas ou diabolo?

arton13515 Le n° de mars comporte également  un dossier fort intéressant sur les avantages d’un retour au protectionnisme. On y trouve en particulier sous la signature de Jacques Sapir, un résumé très convaincant des méfaits du libre échange. Extrait:

Le libre-échange entraîne un double effet dépressif, direct sur les salaires, et indirect à travers la concurrence fiscale qu’il rend possible. En effet, pour préserver l’emploi, les gouvernements des pays dont les entreprises sont soumises directement à la concurrence de la production à bas coûts et à faible protection sociale tentent de préserver le niveau des profits sur leur territoire (condition nécessaire pour éviter les délocalisations) en transférant les cotisations sociales des entreprises vers les salariés. A la pression sur les salaires vient donc s’ajouter une fiscalité plus injuste et une réduction des prestations sociales (le salaire indirect). Cela contribue à peser sur le revenu de la majorité des ménages, qui ne peuvent maintenir leur niveau de consommation que par un recours croissant à l’endettement, au moment même où leurs ressources financières deviennent plus fragiles.

Au cœur de la crise ne se trouvent donc point les banques, dont les désordres ne sont ici qu’un symptôme, mais bien le libre-échange, dont les effets sont venus se combiner à ceux de la finance libéralisée.
Aux États-Unis, la part de la rémunération du travail dans le revenu national est tombée à 51,6 % en 2006 — son point historique le plus bas depuis 1929 —, contre 54,9 % en 2000. Pour la période 2000-2007, l’accroissement du salaire réel médian  n’a été que de 0,1 %, tandis que le revenu du ménage médian baissait de 0,3 % par an en termes réels. La réduction a été plus forte pour les ménages les plus pauvres. Au cours de la même période, le premier quintile a vu son revenu baisser de 0,7 % par an. Depuis 2000, la progression du salaire horaire ne correspond plus à celle des gains de productivité.

Le libre-échange pousse aussi les gouvernements à transférer le financement des prestations sociales des entreprises vers les salariés. De 2000 à 2007, le coût des assurances de santé aux États-Unis (+ 68 %) ainsi que celui des frais d’éducation (+ 46 %) ont fortement augmenté,- tandis- que la proportion des habitants sans couverture sociale est passée de 13,9 % à 15,6 % . Même l’américain Paul Krugman, qui a longtemps prétendu que « la mondialisation n’est pas coupable », a dû reconnaître que la déflation salariale importée via le libre-échange a joué un rôle important dans ce processus (6). ll n’est donc pas étonnant, dans ces conditions, que l’endettement des ménages américains ait explosé. Il représentait 63 % du produit intérieur brut (PIB) des États-Unis en 1998 et 100 % en 2007.

les dirigeants  qui se sont trompés sur tout depuis 20 ans auraient-ils subitement raison lorsqu’ils évoquent les « méfaits du protectionnisme » ?

On peut lire le reste de ce dossier dans le n° de mars du Monde diplomatique.

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