Enterrement de première classe … pour les études postcoloniales (2).

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Lire au préalable Enterrement de première classe… pour les études postcoloniales (1).

L’auteur rappelle que « les postcolonial studies nous invitent à ne pas nous dessaisir du fait colonial en dépit de son éloignement progressif ». mais toutes les problématiques dont elles s’emparent sont par ailleurs étudiées et surtout les postcoloniales studies « conduisent l’étude du fait colonial ou postcolonial à des impasses, et constituent une vraie régression scientifique par rapport aux acquis de ces trente dernières années ».
En négligeant le travail de terrain et d’archives au profit de discours ou de représentations à partir desquelles elles dissertent, voir extrapolent, souvent de manière abusive ».

Plus grave encore aux yeux de l’auteur, « elles s’enferment dans le concept catastrophique d' »identité » et réifient une condition postcoloniale à laquelle elles confèrent un statut quasi ontologique,…: la colonie, l’esclavage, c’est la prédestination de l’indigène (et de son maître).
« En France, elle contribue à ethniciser la question sociale et politique des banlieues et à poser en termes exclusifs de racisme ce qui relève aussi de la « lutte des classes », au risque de s’ériger en prophétie auto-réalisatrice… En Afrique, elles n’aident pas à sortir le problème de l’esclavage de l’ordre du discours nationaliste, qui occulte les rapports sociaux serviles internes aux sociétés subsahariennes et rabat le leg de la traite sur la dénonciation univoque de l’occident ».
Pour F-F Bayard, cette situation est due à deux erreurs de méthode:

  • d’une part,  la dé-historicisation du fait colonial: La volonté de souligner la spécificité des empires coloniaux conduit à négliger le fait qu’il s’agit d’abord d’empires. Peu d’efforts également pour saisir les différences dans le temps et l’espace (« la catégorie de la race n’a pas le même sens du XIX° au XX° siècle »), pour construire une sociologie de la domination coloniale, pour comprendre l’adhésion d’une partie des populations colonisées. En ne voulant voir dans les dominés que des victimes de la domination, on s’interdit de voir et de comprendre qu’ils sont des acteurs de l’histoire. Leur participation ne se limite pas à une réaction.
  • d’autre part, la dé-historicisation des continuités et discontinuités entre histoire coloniale et postcoloniale: « Elles postulent une reproduction mécanique, univoque et surdéterminante du colonial ».

Dans la dernière partie de l’article, Jean-François Bayart propose une « nouvelle feuille de route. En accord avec la nécessite de se « désintoxiquer de l’idéologie nationaliste », sans nier la singularité des Empires coloniaux, il propose d’abord de les replacer dans la catégorie plus large des empires. La question devient dès lors de comprendre: « que signifiait penser comme un empire » (Frederick Cooper). L’empire est une forme banale de souveraineté politique, alors que l’État nation est une forme tardive.

Il rappelle qu’il « ne faut pas tenir pour naturel le trajet de l’un à l’autre, selon le penchant téléologique de l’historiographie nationale ». Et l’auteur de rappeler que l’Etat impérial subsiste jusqu’en 1918 en Europe orientale, en France et en Angleterre, jusqu’au début des années 60. « L’État-nation est né de l’Empire, non de la nation, et la plupart du temps ce bâtard n’a pas été désiré, sinon par quelques pervers ».

à la vision dominante aujourd’hui de l’État colonial comme d’un « Léviathan tout puissant », l’auteur préfère celle d’un Etat faible par le nombre de ses fonctionnaires, par la faiblesse de ses ressources fiscales et dont la privatisation ‘le système des concessions par exemple) préfigure les programmes néo-libéraux d’ajustement structurel des années 1980 et 1990. « Le gouvernement colonial a été un empire au rabais ». C’est d’abords le manque de moyens qui a interdit la destruction des sociétés indigènes et imposé de recourir à l’appui, à la médiation de forces politiques et sociales indigènes.

Il convient donc de ne pas exagérer l’importance de l’épisode colonial, parfois bref, et qui s’encastre dans la longue durée des sociétés colonisées et des sociétés européennes.

(à suivre)

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1 Response to “Enterrement de première classe … pour les études postcoloniales (2).”


  1. 1 Bader 20 avril 2009 à 5:02

    Un bouquin d’un mec qui n’a vraisemblablement pas lu d’études post-coloniales et qui ment comme un arracheur de dent…

    D’abord il nie la réalité d’une continuité coloniale aujourd’hui. La Françafrique (Bokassa, Bongo, Ben Ali, M6 ça n’existe pas ?).

    D’autre part il s’oppose à la conception de l’identité. Or ça se voit qu’il est fort ignorant, désolé.

    Les études postcolobniales sont intéressantes car elle se fonde sur une vision de l’identité totalement anti-essentialiste. Où il s’agit de comprendre le sujet comme une construction sociale. Elle déconstruit même l’identité. L’indigène se met à exister en tant qu’indigène, esclave, oriental, colonisé, arabe etc. quand il commence à être représenté et enfin assujeti à l’Empire Occidental.

    De ce fait les luttes de libération nationales se sont en grande partie basées sur des idéologies Occidentales pour obtenir ce qu’elles jugeaient alors comem de l’indépendance et qui n’est en fait que de l’autonomie formelle. De la souveraineté Etatique qui fait l’impasse sur la sujetion culturelle, économique et politique de ces nouveaux peuples et Etats…

    Les études postcoloniales s’intéressent en premier lieu au discours colonial et postcolonial au lieu de s’intéresser aux statistiques sociologiques commandées par les académiciens de l’Empire colonial dans des vues de gestion de cet empire.

    Car l’une des théories majeures c’est de dé-idéaliser le travail académique. Tout travail académique a une histoire, un lieu et des conditions matérielles de production. Le rapport de force hégémonique Occidental et le fait colonial ont du dramatiquement influer si ce n’est créer les études sur ces espaces culturels… (Orientalisme de Said).

    D’autre part ce sont les élites indigènes elles mêmes, et ce meme apres l’indépendance qui reproduisent le système colonial ou impérialiste dans leur gestion nationale (encore un concept calqué) et étatique des populations. L’organisation de l’Etat, de la culture, l’éducation, la langue élitaire et quelque fois les fonctionnaires sont les mêmes que dans l’époque coloniale.

    Les études post-coloniales sont donc une historicisation et une re-matérialisation des études dites sociologiques et du rapport de domination Nord-Sud.

    Les recherches académiques du Sud étant totalement calquées sur ceux du Nord. Franchement je vous conseille de lire plus… Notamment les Subaltern studies.

    C’est dommage que des professeurs d’histoire géo professent des canulars aussi gros 😦


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