Une explication de la crise: La religion des quinze pour cent.

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C’est celle que publie dans sont numéro de mars 2009 le Monde diplomatique sous la plume d’Isabelle Pivert. Sous le titre: La religion des quinze pour cent, l’auteur rappelle d’abord que l’année 2008 a vu les entreprises du CAC 40 (c’est à dire les plus grands groupes français) distribuer 54,2 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires…

Isabelle Pivert retrace, depuis la fin des années 80, comment s’est imposée le « diktat de la création de valeur » qui a boulversé le fonctionnement traditionnel des entreprises. La shareholder value est devenue le seul critère d’évaluation des entreprises. Celles-ci ne sont plus jugées qur leurs performances à long terme ou leurs projets industriels, mais sur leur capacité à créer rapidement de la valeur et à fournir un dividende confortable (15% de la valeur de l’action) à leurs actionnaires.

La rétribution maximale et rapide de l’actionnaire devient la priorité absolue. cette évolution se fait aux dépens:

  • des investissements à moyen et long terme qui ne se traduisent pas par des bénéfices immédiats (c’est ainsi que les firms automobiles négligent la préparation de l’après pétrole, que totale utilise ses bénéfices pour racheter ses propres actions au détriment des investissements dans les énergies nouvelles).
  • Du bien commun car les entreprises sacrifient allègrement certains investissements (Il vaut mieux pour une entreprise pharmaceutique invetir dans des médicaments contre l’obésité que dans la lutte contre le paludisme qui touche des millions de personnes.
  • des secteurs les moins rentables: certaines activités qui dégagent des profits de 6 ou 8% sont supprimées pour améliorer la rentabilité globale des entreprises.
  • Des salariés des pays développés qui voient leurs entreprises fermées à la suite de délocalisations vers des pays ou la main-d’oeuvre est bon marché et corvéable à merci (« Dans  neuf cas sur dix, une entreprise qui annonce qu’elle transfère 10% de ses centres de production de France vers l’Asie verra  son cours de bourse monter dans la journée »).

On assiste à une gigantesque bataille à court terme entre les entreprises, à une concurrence effrénée. La présence des fonds de pension, des banques et des assurances qui font écran entre l’actionnaire individuel et l’entreprise aggrave la situation. Selon un spécialiste, « on est loin du schéma capitaliste où un individu ayant une idée fait appel à des actionnaires pour monter un projet ». Un autre d’ajouter:  » Je ne vois pas comment on peut retenir la valeur en France quand elle se crée ailleurs. C’est comme une passoire avec de l’eau dedans ».

La traduction concrète de ces évolutions, c’est la disparition des emplois durables dans les sociétés riches. Selon Aline T, analyste financière, « c’est l’organisation globale système capitaliste via la bourse qui crée le chômage ». Un spécialiste décrit ainsi le fonctionnement des fonds d’investissement privés: « Ces fonds rachètent les grandes entreprises dans le but de les revendre au bout de de trois ou quatre ans. Leur but est de réaliser les plus values les plus élevées possible. Il faut faire « cracher » l’entreprise. Dans le pire des cas, ils vont arrêter la recherche, annuler les investissements à long terme, renvoyer le plus de gens possibles pour faire en sorte que les profits soient à court terme les plus élevés et pour ensuite revendre ». L’omission, le mensonge sont devenus des codes courants de management opérationnel; on parle même de « management par la terreur ». Les entreprises en viennent à restructurer « pour de faux », à supprimer des emplois dans le simple but d’envoyer des signes au marché, frillant de suppressions d’emplois, synonymes de gains supplémentaires pour l’actionnaire…

Le canard sans tête qu’est devenu le capitalisme porte ainsi en lui, selon l’auteur des « germes autoritaires ». Peut on en effet prétendre moraliser un système profondément injuste et immoral qui sacrifie les hommes?

L’article sera en ligne dans un mois sur le site du Monde diplomatique, le journal est en kiosque, et comme souvent passionnant.

Sur le même sujet, Ma mondialisation de Gilles Perret.

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