Enterrement de première classe… pour les études postcoloniales (3).

debat_154Lire au préalable Enterrement de première classe… pour les études postcoloniales (1) et (2)
l’exercice de la domination ne passe pas seulement par les institutions disciplinaires (plantation, prison,travail forcé, conscription, châtiments corporels, torture), elle passe également par la négociation d’une série de compromis, une fraternisation (l’auteur évoque une véritable fraternisation médicale entre blancs et noirs).
La catégorie de race, elle même, fondement de la domination coloniale est l’objet d’alliance entre blancs et groupes sociaux indigènes (les Maures en Sénégambie et Mauritanie par exemple).
Pour l’auteur, « La révolution copernicienne qu’entendaient incarner les postcolonial studies est encore devant nous. Si l’on veut comprendre l’historicité propre des sociétés en s’émancipant de l' »historicité propre des sociétés, en s’émancipant de « l’historicisme » de l’épistémé occidentale -et jamais cette tâche n’a été aussi impérative – il faut d’abord libérer nos problématiques de l’interaction coloniale dans laquelle elle persistent à consigner ces sociétés. La colonisation a été un moment de « connexion », violent, inique et traumatique. Pour autant elle n’a pas annulé l’économie morale et politique des sociétés qu’elle se soumettait, ni ne l’a totalement absorbée. »
En fin d’article, il affirme: « Dès lors que le moment colonial est historique, il habite la conscience de ceux qui lui ont survécu ou sont nés après qu’il se soit évanoui, mais le rapport que ceux-ci et ceux-là entretiennent avec lui est de l’ordre de l’énonciation, non de la détermination. C’est être captif de l »historicisme » que l’on dénonce que d’affirmer l’appartenance des postcoloniaux à la colonie, au lieu de voir dans sa représentation de la colonie l’effet de son appropriation polémique par les postcoloniaux. En France, les « indigènes de la République », inventent la colonie de leurs cauchemars, et aussi de leurs rêves, c’est à dire de leur combat contre l’exclusion, l’injustice sociale, le racisme ordinaire… le mythe de la colonie sera aux banlieues ce que celui des Cathares a été au Midi: Une invention politique de la tradition, historiquement inepte. Et le danger pour les études postcoloniales, est de devenir un « alterconservatisme », persistant à consigner les indigènes dans une condition coloniale fantasmatique, quand Aimé Césaire en appelait au « droit à l’histoire » plutôt qu’au « devoir de mémoire ». Le rôle ingrat des sciences sociales  » conclut-il « est de nous le rappeler ».

La Revue le débat, publiée par les éditions Gallimard, est disponible en librairie (17€) ou sur abonnement.

Jean-François Bayart est Directeur de recherche au CNRS et l’auteur de

  • L’illusion identitaire, 1996.
  • Le gouvernement du monde. Une critique politique de la globalisation, 2004.
  • Il publiera cette année Hégémonies d’empire (en collaboration avec Romain Bertrand) : combinatoires et transactions hégémoniques impériales.
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4 Responses to “Enterrement de première classe… pour les études postcoloniales (3).”


  1. 1 Bader 21 avril 2009 à 10:12

    Bon, je me vois forcer encore une fois d’intervenir sur votre blog. Vous m’avez l’air sympathique. Cependant vous accumulez les casseroles…

    Le postcolonialisme, comme son nom l’indique, n’est pas l’énonciation que la colonisation est toujours en cours. Il s’agit au contraire d’étudier les impacts profonds de la colonisation après les indépendances à la fois dans les sociétés colonisatrices et les sociétés colonisées.

    A propos de la fraternisation, de la connexion. C’est justement celle là qui est la plus étudiée par le postcolonialisme. Comment les élites de l’indépendance ont en réalité été très proches des colons. Comment ils ont appliqué les schémas coloniaux de façon quasi merveilleuse…

    Il suffit de se rendre au Maghreb, de rencontrer quelques élites, pour qu’ils vous fassent l’éloge de Sartre, Hugo etc. Ils sont tous pétris de la culture française. Demandez leur de faire la même éloge d’auteurs contemporains de leur culture, et là le vide. La plupart des élites des postcolonies les ignorent totalement… Ou alors ils vous citent d’autres élites du même acabit qui font aussi de l’Orientalisme, ou de l’Islam des lumières et autres monstres philosophico-politique… Ils se plaindront de leur compatriote. Parleront de certains endroits comme étant m5altin (mélangé) car trop peuplé d’indigènes etc. Ils placeront des mots en français à chaque phrase.

    Et ensuite on vient me dire que les études postcoloniales sont mortes et enterrées. Je dirais plutôt que l’establishment français essayent de les faire avorter.

    C’est triste quand on est obligé d’aller au USA pour faire un séminaire sur la construction de la France noire. C’est triste que plein d’auteurs, intellectuels soient contraints de s’exiler ou de quitter la profession. C’est encore plus triste quand cette chappe de plomb pesante est appuyée par des professeurs qui au lieu d’encourager à la pluralité de la pensée auprès de leur élève, ou au moins la critique basée sur la connaissance de ce dont on parle, referment tout un courant de pensée majeur de notre temps sans même l’avoir ouvert…

  2. 2 Cbhg 21 avril 2009 à 11:48

    ne vous sentez pas « obligé »… Vous êtes jeune, il fait beau, allez prendre l’air.

  3. 3 Bader 22 avril 2009 à 1:13

    Cher professeur, la parole ne se donne pas, elle se prends. Des professeurs avec toute leur autorité parlent. Des jeunes qui devraient sortir et taper sur un ballon au lieu de la ramener sont là à remettre en question de façon présomptueuse le Savoir du Professeur.

    Vous disposez d’une audience à laquelle vous professez vos leçons. Je n’ai rien si ce n’est mon verbe haut et cinglant. J’exploite donc votre audience afin de contrer autant que faire se peut le message asséné. J’espère instiller le doute. Je n’attends rien de moins qu’une réponse sur le fond de votre part.

    Or dans les commentaires que j’ai laissé, je n’y ai pas eu droit. Mis à part des rappels à l’ordre professoral… Déformation professionnelle ?


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