Lecture : Jack Kerouac, Sur la route, le rouleau original, Gallimard 2010.

C’est la version « complète » ou « originale » de sur la route. La version non expurgée si vous préférez, telle qu’elle a été présentée pour la première fois aux éditeurs, et publiée seulement en 1959, après de nombreux refus et remaniements.

Le récit de plusieurs pérégrinations à travers l’Amérique, l’appel de l’ouest, du Mexique, des rencontres, tout un état d’esprit qui se diffusera massivement dans les années 60.

Il reste un très beau texte, à l’écriture très particulière, parfois lyrique, parfois très terre à terre. Un extrait, presque au hasard :

À minuit, elle est rentrée; son père était ivre ; je l’ai entendu pousser des gueulantes, et puis il s’est endormi, et le silence s’est fait. Les étoiles se sont repliées sur la campagne en sommeil. Le lendemain, le paysan est venu passer la tête par la porte de l’écurie à chevaux, en me disant : « Comment ça va, p’tit gars ? — Très bien, j’espère que ça vous dérange pas que je dorme là? — Pas du tout. Tu sors avec la petite donzelle mexicaine ? — C’est une fille très bien. — Et puis jolie, avec ça. Le taureau a dû sauter la barrière, pour qu’elle ait les yeux bleus comme ça. » On a parlé de sa ferme. Bea m’a apporté le petit déjeuner. Mon sac de toile était fait, j’étais paré à partir, dès que j’aurais récupéré mon mandat à Selma, où je savais qu’il m’attendait. J’ai dit à Bea que je partais. Elle y avait pensé toute la nuit, elle était résignée. Elle m’a embrassé sans émotion dans les vignes, et elle s’est éloignée le long de la rangée. À douze pas, on s’est retournés, car l’amour est un duel, et on s’est regardés pour la dernière fois. «Je te retrouve à New York, Bea », j’ai dit. Elle était censée y venir en voiture avec son frère, dans un mois. On savait bien l’un comme l’autre que ça ne se ferait pas. Au bout de trente mètres, je me suis retourné de nouveau : elle rentrait

à sa bicoque, l’assiette de mon petit déjeuner à la main. J’ai baissé la tête, et je l’ai regardée. Misère de moi, voilà que j’étais de nouveau sur la route. J’ai pris le highway vers Selma, en mangeant des noix brunes au noyer, j’ai suivi les voies de la S.P. en marchant sur un rail, j’ai longé un château d’eau, une usine. C’était la fin de quelque chose. Je suis allé au bureau des télégraphes de la voie ferrée, récupérer mon mandat. C’était fermé. J’ai dit merde et je me suis assis sur les marches pour attendre. Le receveur est revenu, et il m’a invité it entrer. L’argent était arrivé : une fois de plus ma mère avait sauvé la peau de son feignant de fils. « Oui va gagner la coupe du monde? » m’a dit le vieux receveur émacié. Tout d’un coup, rai réalisé qu’on était en automne et que je rentrais à New York.

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