Un miracle agricole brésilien ?

Dans son n° du 26 août 2010, The economist évoque les succès de l’agriculture brésilienne. En moins de 30 ans le Brésil qui était un importateur de produits alimentaires est devenu un des greniers du monde. De cette révolution agricole, l’hebdomadaire donne plusieurs exemples. Dans un coin reculé de l’État de Bahia , dans le nord- est du Brésil , La saison prochaine, la ferme Jatobá produira du coton , du soja et du maïs sur 24.000 hectares , 200 fois la taille d’une exploitation moyenne dans l’Iowa . Plus au nord, dans l’État de Piauí, la transformation est déjà complète. La ferme Cremaq qui, comme Jatobá, est détenue par BrasilAgro, une société qui achète et modernise les terres délaissées utilise des émetteurs radio pour suivre la météo, utilise des logiciels et emploie trois cent personnes. emploie 300 personnes. Au moment de la récolte, les camions, jour et nuit, transportent maïs et soja vers des ports éloignés.

Le gigantisme des exploitations aux mains de grandes firmes agroalimentaires, le recours massif aux engrais, à l’amendement des sols et aux machines permet d’augmenter considérablement les rendements. L’auteur signale aussi que tout cela est aux antipodes des préconisations des écologistes et des altermondialistes qui préconisent le retour à l’agriculture familiale, le refus des engrais et des plantes génétiquement modifiées. Il ne dit pas, mais on peut le faire pour lui, que ce succès agricole implique l’abandon des vieilles revendications de réforme agraire qui ont longtemps structuré la vie politique des pays latino-américains.

Cette agriculture brésilienne est devenue une grande exportatrice, rejoignant les 4 grands de l’hémisphère nord (États-Unis, Canada, Russie, Union européenne) pour les céréales, dépassant l’Australie pour les exportations de viande bovine (x par 10 en 10 ans). Le Brésil est aussi le plus grand exportateur mondial de volailles , de canne à sucre et d’éthanol (voir graphique 2) . Depuis 1990, sa production de soja est passée 15 millions de tonnes à plus de 60 millions. Le Brésil représente environ un tiers des exportations de soja du monde, faisant presque jeu égal avec les États-Unis.

Dans ce modèle brésilien, The economist apprécie aussi, cela va sans dire, le faible rôle de l’état : Il ne contribue au revenu agricole par ses aides et ses subventions que pour un peu plus de 5% contre 29% dans l’Union européenne… Dernier atout, cette transformation de l’agriculture brésilienne n’est pas responsable de la déforestation de l’Amazonie, puisqu’elle se déroule 1000 km plus au sud dans le Cerrado.

Il n’en faut pas plus pour faire du Brésil un modèle pour l’ensemble des pays du sud. Les besoins sont énormes : « Entre aujourd’hui et 2050 la population mondiale va augmenter de 7 milliards à 9 milliards. Son revenu augmentera également et la population urbaine totale va doubler. Cela provoquera une modification des habitudes alimentaires ainsi que la demande globale, car les citadins ont tendance à manger plus de viande. La FAO estime que la production de céréales devra augmenter de moitié mais que la production de viande devra doubler d’ici 2050. Cet objectif sera difficile à atteindre car, dans la dernière décennie, la croissance des rendements agricoles est pratiquement nulle et l’eau s’est raréfiée. Selon une estimation, seulement 40% de l’augmentation de la production mondiale de céréales vient maintenant de la hausse des rendements, alors que 60% provient de la mise en exploitation de nouvelles terres. Dans les années 1960 à peine un quart de la croissance était due à la mise en exploitation de nouvelles terres, et les trois quarts provenait de l’augmentation des rendements. Le Brésil dispose de 2 fois plus de terres en réserve que les États-Unis et la Russie réunis, quand à l’eau, elle est abondante.

Cette réussite est-elle transposable ? Oui et non. Les Brésiliens se sont inspirés du modèle américain, mais il leur a fallu plus de trente ans pour le transposer et l’adapter de manière satisfaisante. L’Afrique peut donc espérer s’inspirer à son tour du modèle brésilien, mais un long temps d’adaptation et de réappropriation sera nécessaire.

Modestement, on ajoutera, que depuis le XVI° siècle, le Brésil a de tout temps été un exportateur de matières premières et de produits agricoles, se succèdant par cycle (coton, hévéas, café, etc.. L’avenir seul dira, si cette fois, cela lui permet de sortir de sa situation de dépendance.

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