Le Sahel reverdit.

Chacun voit midi à sa porte affirme le proverbe. Il se vérifie encore aujourd’hui. Dans un précédent billet, nous évoquions un article de The economist, organe mondial quasi officiel du néolibéralisme, qui vantait les mérites de l’agriculture capitaliste brésilienne. Le n° d’août du Monde diplomatique, proche des altermondialistes fait lui l’éloge des pratiques agricoles traditionnelles en Afrique :

« Les gens se sont retrouvés dans une situation si catastrophique qu’il leur a fallu changer leur mode de pensée » raconte M. Sawodogo. Lui-même a remis au goût du jour une technique utilisée depuis des siècles par les paysans locaux, le zaï, qui consiste à creuser d’époque, autrement dit des troupes profonds concentrant les rares puis vers les racines des cultures. Afin de capter une plus grande quantité d’eau de ruissellement, il a augmenté la dimension des siens. Mais sa plus grande innovation fut d’ ajouter du fumier durant la saison sèche, une technique que ses paires considéraient comme du gaspillage. En concentrant l’eau et la fertilité dans les Poquets, il a augmenté le rendement de ses cultures. Mais il n’avait pas prévu le résultat le plus important : des pouces d’arbres, provenant de graines contenues dans le fumier, apparurent au milieu de ses rangs de mil et de sorgho. Après plusieurs saisons de pousse, il s’avéra que les arbres, qui mesuraient désormais plusieurs pieds de haut, contribuaient à accroître le rendement des cultures tout en fertilisant le sol : « depuis que j’applique cette technique de réhabilitation d’une terre dégradée, ma famille est à l’abri de l’insécurité alimentaire, les bonnes comme les mauvaises années. »

L’agroforesterie mise au point par M. Sawodogo a déjà gagné de vastes secteurs du Burkina Faso ainsi que du Niger et du Mali voisin, et transformé des centaines de milliers d’hectares semi désertiques en terres plus productives. « Il s’agit sans doute du bouleversement écologique positif dont l’ampleur est la plus grande au Sahel, et peut-être dans l’ensemble de l’Afrique », estime M. Chris Reij, un géographe néerlandais qui a travaillé 30 ans dans la région. Techniquement parlant, cette méthode porte le nom de régénération naturelle assistée (RNA). Des études scientifiques confirment les multiples avantages de l’introduction d’arbres dans les cultures vivrières : ils protègent du vent les jeunes pousses et contribuent à maintenir l’humidité du sol, tandis que leur ombre préserve les cultures de la chaleur. Leurs feuilles tombées font office de paillis, augmentant ainsi la fertilité du sol et fournissant du fourrage pour le bétail. En cas de famine, les gens peuvent même se nourrir des feuilles de certains arbres. « Par le passé, les paysans devaient parfois semer leurs champs quatre ou cinq fois car le vent emportait les semences, explique M. Reij, qui préconise la RNA à avec le zèle d’un missionnaire. Les arbres font écran et arriment le sol ; il ne faut plus semer qu’une seule fois. »

L’article critique également certains programmes d’aide de grande ampleur, comme le projet « villages du millénaire » (ce projet fournit aux villagex ce que l’on considère comme des paquets de services intégrés nécessaires au développement : semencex et engrais modernes, trous de forage pour une eau propre, clinique).

« Cette vision d’une solution à la faim en Afrique est séduisante, dit M. Reij. Le problème, c’est que cela ne marche pas. Le projet de villages du millénaire requiert un investissement important dans chaque village, ainsi qu’une aide extérieure pendant plusieurs années, ce qui ne saurait représenter une solution durable. Il est difficile de croire que le monde extérieur va fournir des milliards de dollars nécessaires pour créer des dizaines de villages du millénaire en Afrique ». L’aide étrangère s’est effectivement tarie après la crise financière de 2008. L’auteur de l’article, Mark hertsgaard, préconise des financements plus ciblés, favorisant le partage de l’information entre les acteurs locaux. On retrouve ici l’idée des microprojets, privilégiée par certaines ONG.

Un seul point d’accord entre les deux publications, le constat de l’échec des formes d’aides traditionnelles.

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