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Pétré Grenouilleau superstar!

Accueil chaleureux à l’historien Pétré Grenouilleau, professeur à l’IEP de Paris, lors du stage organisé jeudi 15 mai à Dijon. Le sujet choisi par le conférencier portait sur les mouvements abolitionnistes. Une grande partie de la journée fut ensuite consacrée à un jeu de questions-réponses très nourri. L’auteur qui travaille sur le capitalisme maritime, l’histoire des idées économiques, en particulier l’économie morale à l’époque moderne et contemporaine, travaille actuellement à une histoire générale de l’esclavage, ouvrage à paraître dans la collection de Pierre Nora, la bibliothèque des histoires, chez Gallimard.

Expliquer l’abolitionnisme.

Le mouvement abolitionniste a été, dans la seconde moitié du XVIII° siècle une révolution, un changement considérable.

Deux courants contribuent puissamment à l’essor de l’abolitionnisme ::

  • Le plus connu en France est le courant philosophique (cf. le livre XV de De l’esprit des lois de Montesquieu).
  • Mais en Angleterre, le mouvement se développe parallèlement au mouvement du réveil protestant, et dans le courant quaker et est très lié à la philanthropie religieuse.
  • Film britannique Amazing grace (2007).

En France, le rôle des Lumières dans la lutte contre l’esclavage fait l’objet d’une double critique :

  • Critiques de droite contre le rôle des philosophes des Lumières (qui sont discrédités à leurs yeux par leur rôle dans la genèse de la révolution).
  • Critiques de gauche qui accusent les philosophes de « modérantisme » : On leur reproche une certaine hypocrisie, et en particulier de n’envisager qu’une libération graduelle, progressive des esclaves.

J. Ehrard, dans Les Lumières et l’esclavage, note avec justesse qu’on passe d’une relative indifférence à la gêne vers 1750. Puis entre 1750 et 1780 de la gêne au doute. Cette prise de conscience conduit en 1788 à la création de la société des amis des noirs.

Désormais, c’est au nom d’un principe général que l’on condamne l’institution de l’esclavage.

La thèse, ancienne, de E. Williams (Capitalim and slavery, 1944, traduction française, 1968) n’est plus admise aujourd’hui. Selon cette thèse, la traite atlantique aurait été l’un des éléments de l’accumulation de capital nécessaire à la révolution industrielle. Dans un second temps, l’Angleterre industrialisée aurait combattu la traite, parce que celle-ci était liée à l’ancien système de l’exclusif colonial (qui établissait un monopole du commerce entre la métropole et ses colonies). L’exclusif devenant un frein au développement de la domination économique britannique, économie dominante à l’époque. L’interdiction de la traite en 1807 était pour cet auteur lié à ce contexte. D’autre part certains auteurs libéraux comme A. Smith ont dès le XVIII° siècle affirmé la supériorité du travailleur libre sur l’esclave.

Cette thèse a été « démontée » entre autres par Drescher en 1977. Cet auteur a montré qu’en 1807, date de l’abolition, l’Angleterre a plus que jamais besoin de ses colonies (c’est l’époque où se déclenche le blocus continental). Le choix de l’abolition est donc d’abord un choix moral qui ne correspond pas aux intérêts économiques immédiats des Britanniques. Pour cet auteur, l’abolition coûte l’équivalent 1,8 % de croissance annuelle du produit intérieur brut de la Grande-Bretagne pendant trente ans (alors que le même auteur évalue à 1 % du pib par an les bénéfices de la traite au XVIII° siècle).

Enfin, en Grande-Bretagne, le mouvement abolitionniste est un mouvement de masse (ce qui n’est pas le cas en France). De la fin du XVIII° à la fin du XIX°, les pétitions antiesclavagistes recueillent dans ce pays des millions de signatures (le droit de pétition est officiellement reconnu en Angleterre depuis la fin du XVII° siècle).

M. Pétré Grenouilleau s’oppose également avec force à la thèse postcoloniale qui attribue la fin de l’esclavage aux luttes des esclaves eux-mêmes.

Il dénonce en particulier la distinction que fait ce courant entre « résistance passive », minorée par eux (actes individuels, non violents, petit marronnage, empoisonnements), et les formes « actives, seules dignes à leurs yeux d’intérêt (grand marronnage, révoltes).

Jusqu’à la fin du XVIII° siècle les esclaves ne nourrissent pas un projet d’émancipation collectif, ce qui est compréhensible, puisque presque toutes les sociétés (en particuliers celles dont sont issus les esclaves, pratiquent l’esclavage, parfois sur une large échelle). Le projet d’émancipation est un projet individuel, dont la forme la plus courante est l’affranchissement. Celui-ci ne concerne pas n’importe quel esclave. Il peut s’agir de la mère noire d’un enfant adultérin d’un planteur, ou d’un serviteur fidèle qu’on veut récompenser. Il ne s’agit pas toujours d’un acte désintéressé car l’esclave parfois se rachète.

Il n’existe pas d’étude statistique sur l’importance de l’affranchissement. On sait cependant qu’il est plus fréquent dans l’Amérique espagnole que dans les colonies anglaises ou françaises, probablement parce qu’il remet moins en cause l’équilibre social dans les colonies espagnoles.

La thèse de l’affranchissement des esclaves par leur lutte n’est guère défendue en dehors de la France (par l’école postcoloniale). Il est vrai cependant que des liens se sont parfois tissés entre esclaves ou anciens esclaves et abolitionnistes (Olaudah Equiano).

Les révoltes s’observent surtout à trois moments de l’histoire des systèmes esclavagistes :

  • Au moment de la naissance des systèmes esclavagistes (quand ils ne sont pas encore stabilisés).
  • Lorsque ces systèmes traversent une période révolutionnaire.
  • Quand ces systèmes entrent en période de déclin.

Les révoltes peuvent alors peser sur les décisions, accélérer les processus. Mais globalement, on ne connaît que trois grandes révoltes d’esclaves (celle de Spartacus au I° siècle avant JC, celle d’Irak au IX° siècle et celle de Saint-Domingue à la fin du XVIII° siècle). Cette dernière fournit le seul exemple d’une révolte d’esclaves victorieuse.

En fait, toute tentative d’explication par un seul facteur est vouée à l’échec (ainsi chez l’abbé Grégoire, les motivations religieuses et philosophiques sont intimement mêlées).

Les textes des abolitionnistes lient les arguments moraux et les arguments utilitaires. Clarkson montre ainsi l’importance que tient dans leur argumentaire le chiffre de la forte mortalité des marins britanniques liée à ce trafic, et le fait que la traite forme de biens mauvais marins, davantage gardes chiourmes que navigateurs).

De même en France on dénonce le commerce du sucre comme profitant exclusivement à une petite minorité et non à la population dans son ensemble.

L’intervenant prône une approche plus compréhensive, au sens de Max Weber. Il s’agit davantage de comprendre la perception des acteurs que de se comporter en juge.

(Lire la suite en ouvrant l’article)

Un réformisme radical.

On peut dès lors définir le projet abolitionniste comme un réformisme radical.

L’esclavage est au XVIII° siècle une « institution particulière ». L’esclavage a disparu en France depuis plusieurs siècles (il n’en va pas de même des pays méditerranéens). L’existence même de l’esclavage, dans des terres lointaines, est perçue comme de plus en plus inacceptable. L’abolitionnisme se fixe pour but la suppression de l’esclavage, c’est là sa nouveauté radicale. Pour bien percevoir cette radicalité, il convient de se rappeler que le système esclavagiste et la traite sont alors à leur apogée. Les plantations de sucre, de café, de cacao ne cessent de s’étendre.

Autre facteur défavorable au mouvement abolitionniste, la période est marquée par le développement d’un racisme (cf. le livre de Pierre Boulle, Race et esclavage dans la France de l’époque moderne). Il se développe d’une part dans les colonies comme à Saint Domingue, en liaison avec le développement de la population noire libre. Mais il touche aussi la métropole où, sous l’influence des grands planteurs, il gagne une partie des élites. C’est ainsi qu’en France, une dizaine d’années avant la révolution, les autorités ordonnent le recensement des hommes de couleur libres (5000 environ), dont le nombre provoque la crainte d’un « mélange des sangs ».

Enfin la révolution n’est pas un facteur favorable à l’abolition, au moins dans un premier temps.

  • D’une part, elle va décapiter le mouvement abolitionniste. Ses chefs appartenant en effet pour la plupart aux Girondins.
  • D’autre part, les esclavagistes, planteurs et négociants, se livrent à un actif lobbying. L’abolition menaçant selon eux 5 à 6 millions de mourir de faim. La défense de la traite se confond dans leur discours avec la défense de l’intérêt national, et les abolitionnistes pouvant apparaître comme des alliés de l’Angleterre (idée qui perdurera pendant la première moitié du XIX° siècle).

La période du Directoire et du Consulat voit d’ailleurs s’affaiblir le mouvement abolitionniste (quelques individus subsistent (abbé Grégoire, entourage de Madame de Staël). Mais ce n’est que sous le Second Empire que le mouvement retrouvera en France quelque ampleur.

La révolution n’a pas seule joué un rôle dans ce changement de climat. Les évènements de Saint Domingue jouent le rôle d’un repoussoir en terrifiant une partie de l’opinion :: Diffusion de récits des exactions aux Etats-Unis, Propos de Miranda au Vénézuela qui dit préférer un siècle sous le joug imbécile de l’Espagne, plutôt qu’une révolte comme celle de Saint Domingue. C’est le thème du « volcan qui sommeille, promit, lui aussi à un bel avenir. Le climat contre-révolutionnaire après 1815 est également défavorable au mouvement.

Le mouvement est cependant réformiste car il vise à une disparition graduelle de l’esclavage, s’opposant en cela à la décision de la convention (1794). Ainsi le projet de Condorcet prévoyait une disparition au bout de 77 ans. Cette attitude s’explique

  • D’une part par un souci tactique: on s’attaque d’abord à la traite, ce qui mécaniquement devrait conduire à une première amélioration du Sort des esclaves (les maîtres ayant intérêt à mieux traiter un « cheptel » devenu rare).
  • D’autre part pour des raisons économiques (mais cela est beaucoup moins important).

C’est également par souci tactique que beaucoup d’abolitionnistes acceptent le principe d’une indemnisation des planteurs, tout en préférant le terme de dédommagement pour bien marquer le caractère immoral de l’esclavage.

Cette préférence pour une évolution graduelle s’explique aussi par la question de la maturité des esclaves. Pour les abolitionnistes, l’esclavage abruti les hommes, ils ne peuvent accéder à la liberté complète, à la citoyenneté du jour au lendemain. Les projets abolitionnistes évoquent donc le plus souvent un stade de salariat contraint chez les anciens maîtres, ce qui permet également d’assurer une survie du système des plantations. Les autorités noires de Saint Domingue n’envisageront rien d’autre en cherchant à rétablir les grandes plantations avec un salariat libre. Cette position est aussi celle de Tocqueville.

Les abolitionnistes traitent cette question de l’esclavage, comme on traite à l’époque celui de la prostitution, de la mendicité, il faut passer par une régénération. On retrouve là l’influence de la morale chrétienne, et le parallèle est souvent fait entre esclaves et ouvriers. Dans les deux cas, c’est par le travail, l’épargne, la lecture de la Bible que la réintégration dans la société peut se faire progressivement.

Abolitionnisme et démocratisation

L’idée de liberté est centrale dans le projet abolitionniste. Il repose sur l’opposition frontale entre liberté et esclavage et sur l’impossibilité d’un état intermédiaire. Toute forme de dépendance est assimilée à l’esclavage et donc réprouvée (c’est le cas des domestiques pendant la révolution française). Dans d’autres civilisations, la situation est souvent plus mouvante (cas de l’Inde ou alternent des phases de développement et de repli de l’esclavage face à d’autres formes de dépendance, cas des gagés en Afrique de l’ouest).

On passe à la fin de l’Ancien régime d’un système où l’on défend des libertés (qui sont en fait des privilèges) à une défense de La liberté, qui est un absolu.

Le rôle de l’opinion, en particulier en Angleterre, témoigne du passage à « l’ère démocratique ». Dans ce pays, la tradition protestante joue un rôle majeur :: On lit la Bible et on se forge sa propre opinion (par opposition au système catholique ou le prêtre, l’Eglise dit le vrai).

On observe également le développement d’une nouvelle sensibilité religieuse (éthique de la conviction). Il existe un nouveau rapport entre la foi et la pratique :: on veut mettre en accord sa foi et son action dans le monde. En témoigne le fait que, en 1689, devant la Sorbonne, germain fromageau peut encore répondre à la question : L’esclavage est-il licite ? en prononçant une condamnation de principe immédiatement nuancée par des justifications partielles. Un siècle plus tard, les « nouveaux croyants » ne se reconnaissent plus dans ce type d’attitudes, en particulier dans les nouvelles sectes en Angleterre (méthodistes, églises dissidentes, Quakers aux États-Unis).

Autre aspect de ce lien avec la démocratisation, l’importance du travail parlementaire dans la préparation de l’émancipation. Les lois sont toujours précédées de commissions, d’enquêtes parlementaires.

Ainsi en France, des lois sont votées contre la traite en 1818, 1827, 1831, avant l’abolition de 1848.

En Angleterre, l’abolition de la traite (1807) précède celle de l’esclavage (1833). Idem au Brésil (1855 et 1888).

Peut-on dire que l’abolitionnisme est un phénomène occidental ? la question de l’injustice de l’esclavage est posée ailleurs, mais l’abolitionnisme comme mouvement se limite aux sociétés démocratiques occidentales et ce à un moment donné : Angleterre, France, Suisse (rôle important dans la traduction et la diffusion des écrits abolitionnistes anglais).

Après 1815, se met en place, à l’initiative de l’Angleterre un droit de visite réciproque (au bénéfice ou à la charge de l’Angleterre surtout). Ce droit de visite n’est accepté par la France qu’au début de la Monarchie de juillet.

Questions-réponses.

Pourquoi le rétablissement de l’esclavage par Napoléon?

Il n’agit pas par idéologie mais simplement parce qu’en 1802, il veut rétablir le vieux système colonial dont l’esclavage fait partie (1802 c’est la paix d’Amiens, il a l’espoir de reconstituer un Empire français en Amérique).

À propos du développement du racisme.

C’est à la fin du XVIII° qu’apparaissent certaines pratiques médicales, comme la mesure de l’angle facial, supposé déterminer l’intelligence.

Dans quelles conditions s’effectue le rétablissement de l’esclavage ?

Échec à Saint Domingue (indépendance de l’Ile reconnue seulement en 1825, contre indemnisation des planteurs). Révoltes réprimées en Martinique et à la Guadeloupe, pas d’abolition de l’esclavage dans l’océan Indien.

Esclavage :: rapport uniquement de races ?

Non, à Saint Domingue, 20 à 30 % des esclaves sont possédés par des hommes libres de couleur.

Définition de l’esclavage ?

4 critères :: Utilité économique, rendre étranger (par l’exposition en Grèce ancienne ou à Rome), possession, statut d’homme en sursis.

Continuite de l’esclavage ?

Continuité jusqu’au XVII° siècle en méditerranée, en Europe, le servage n’a pas remplacé l’esclavage, qui déclinait déjà à la fin de l’empire romain (au profit du colonat par exemple). C’est un autre système.

Importance du trafic en France:

Rôle dominant de nantes :: 42 % des expéditions au XVIII° siècle et 70% au XIX° (malgré l’interdiction qui pendant longtemps n’a pas été respectée).

Rôle du racisme dans l’esclavage ?

 Très variable. Fort racialisme en Amérique du nord, beaucoup plus faible dans le monde musulman.

cf l’article Traites négrières sur Wipedia.

 

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Lecture: Boualem Sansal, Poste restante, Alger, Gallimard, 2006.

poste restante algerLettre ouverte « de colère et d’espoir à mes compatriotes » par un écrivain algérien de grand talent (auteur cette année du Vilage de l’Allemand, interdit dans son pays). Il fait un bilan plus qu’amère de plus de quarante ans d’une indépendance, confisquée par le parti-Etat FLN, l’armée et les religieux. Il s’attaque en particulier aux « vérités naturelles » enseignées au peuple algérien dès le berceau et en montre, à ses yeux, l’inanité. Ainsi sur la langue:

 » L’arabe est notre langue

Rien n’est moins évident, mes chers compatriotes. L’arabe classique est langue officielle, c’est vrai, mais pas maternelle, pour personne. Chez soi, en famille, dans le clan, la tribu, l’arch, le douar, le quartier, vous le savez, c’est notre quotidien, nous parlons en berbère (kabyle, chaoui, tamashek…), en arabe dialectal ou en petit français colonial, voire les trois ensemble quand on a le bonheur de posséder l’un et l’autre. Personne ne le fait en arabe classique, n’est-ce pas, sauf à vouloir passer pour un ministre en diligence ou un imam sur son minbar. Plus tard, les choses se gâtent affreusement : pendant que les parents travaillent en arabe classique (dans certaines administrations) ou en français moderne (dans le reste du monde professionnel), les enfants papotent, jouent, s’amourachent ou se disputent, dans l’une ou l’autre des langues berbères ou en arabe dialectal mais font leurs devoirs en arabe classique, version ministère de l’Éducation, tandis que leurs grands frères, à l’université, étudient en français et se parlent dans une sorte d’espéranto empruntant à toutes les langues et patois usités dans le pays (résultat du brassage universitaire).

La mauvaise gestion politique de cette question sensible a fini par balkaniser le pays. Trois courants forts se sont taillé chacun son empire dans le système : le courant arabophone tout-puissant dans l’enseignement primaire et secondaire, la justice, la police, l’administration territoriale, la télévision, les partis de l’Alliance ; le courant francophone, appelé aussi Hizb França, le Parti de la France, maître absolu dans l’administration centrale, les entreprises, les universités, les grandes écoles, les partis et associations démocratiques, et la communication internationale ; le courant berbérophone qui s’est fait un nid dans le culturel marginalisé. Un quatrième courant, récent, dit algérianiste, tente timidement de fédérer ces puissants États tandis que le courant anglophone, encore peu visible, prépare une offensive globale. La conclusion, vous la connaissez : l’arabe classique est la langue de l’Algérie mais les Algériens parlent d’autres langues. C’est un cas dans le monde. Ça ne vous rappelle pas l’Europe du Moyen Âge ? 

Moi, si, les seigneurs glosaient en latin, les serfs se débrouillaient comme ils pouvaient. »

D’autres vérités à réviser selon l’auteur: Le peuple algérien est arabe, le peuple algérien est musulman, la guerre de libération et son histoire, la paix des cimetières et le retour des tueurs (à propos de la guerre civile).

Lectures: Dictionnaire de la France coloniale sous la direction de jean Pierre Rioux.

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Loin des délires récents des Bancel, Blanchard et consorts, qui témoignent de la dégénérescence d’une certaine recherche plus idéologique qu’historique vivant dans le vase-clos marécageux d’une historiographie franco-française en pleine déconfiture, Jean Pierre Rioux propose une synthèse des débats et un état actuel de la recherche sur la colonisation française (essentiellement celle du XIX° et du XX° siècle). On y retrouve les meilleurs spécialistes comme Olivier Pétré Grenouilleau, traîné dans la boue l’année dernière par les partisans de la lutte de tous contre tous…

L’ouvrage très pédagogique est divisé en 11 parties :

  • étapes.
  • Figures.
  • Maghreb et Levant.
  • Afrique.
  • Océan Indien, Asie et Pacifique.
  • Amérique.
  • Métropole.
  • Colonisateurs.
  • Colonisés.
  • Représentations.
  • Enjeux.

L’enseignant du secondaire et l’élève intéressé par ces questions y trouveront des synthèses courtes mais denses sur la plupart des sujets. Ce dictionnaire vient à point pour compenser là surmédiatisation de certaines thèses (les zoos humains par exemple…) dont la popularité dans le milieu enseignant est inversement proportionnelle à leur crédit dans les milieux de la recherche. La conclusion du dernier article, sortir de la guerre des mémoires, signé par Benjamin Stora mérite d’être citée dans son intégralité :

 » Depuis la fin de l’époque coloniale, dans les années 60, les récits d’histoire consacrés à cette période sont soumis à une sorte de règle qui veut que les tensions, parfois apaisées mais jamais politiquement résolues, prennent régulièrement une gravité si extrême que la guerre des mémoires devient alors l’unique moyen de les apaiser temporairement. La visite perpétuelle et ressassée du temps colonial et des guerres de décolonisation devient alors une activité de fabrication d’identités. Aux antipodes d’une apologie d’un progrès commun, l’engouement pour la répétition d’un passé cruel freine la connaissance de l’histoire réelle, car la transmission mémorielle s’organise autour de la fabrication de stéréotypes, dans une reconstruction du sens de l’histoire parfois douteuse. L’obsession d’un « retour en arrière » ne parvient pas d’avantage à neutraliser la peur du futur. Souvent même elle ne « parle » plus aux nouvelles générations. Les fils et les filles d’immigrés, de pieds noirs ou de harkis, les enfants des anciens descendants d’esclaves veulent, bien sûr, rester fidèle aux combats livrés par leurs ancêtres, mais ils entendent aussi se débarrasser de ces vêtements du passé pour ne pas vivre, toujours, en état de ressentiment perpétuel. Pour construire l’avenir, il faudra sortir de la rumination du passé »

Fracture numérique.

Ici : l’absence d’investissements substantiels accroît la fracture entre les élèves des établissements de centre-ville (tous dotés à la maison d’ordinateurs dernière génération) et les enfants des classes populaires moins bien dotés… La paralysie des systèmes informatiques à l’intérieur des établissements en raison d’une gestion poussive et bureaucratique n’arrange rien. Tuer toute initiative dans l’oeuf semble être le mot d’ordre de l’administration de l’éducation nationale, contrairement à ce qu’affirmait un récent numéro du Monde 2…

 ordinateur.jpg

Ailleurs selon Le Monde, cette fracture pourrait être réduite par un projet ambitieux : « L’ordinateur vert et blanc, le XO beta-3, est le dernier prototype d’une machine longuement étudiée, capable selon Negroponte de réduire la « fracture digitale » qui sépare les pays riches des pays pauvres. Le portable est résistant, étanche, il peut être alimenté par l’énergie solaire, par une pompe à pied ou bien par une simple corde à tirer pour générer le courant nécessaire. Son écran permet de rendre l’affichage visible même en plein soleil pour qu’il puisse être utilisé en extérieur. Il comprend un navigateur Internet, un outil de dessin, un éditeur de texte, quelques jeux. »

Le correspondant de The economist à Nairobi dresse quant à lui un bilan en demi teinte de la situation en Afrique : «  4 % seulement des Africains ont accès à Internet. Le prix qu’ils paient pour ce service est parmi les plus élevés du monde (250 à 300$ par mois pour une connexion plus lente que dans le reste du monde… Le E-commerce n’existe pratiquement pas et un pays comme le Nigeria (140 millions d’habitants) n’a que quelques centaines de sites professionnels… L’Afrique subsaharienne ne pèse pas plus que l’Irlande. Des pays comme le Soudan et le Congo n’ont aucune connexion à Internet. En Ouganda, une enquête de Microsoft a montré que seules 200 personnes utilisaient régulièrement une boîte mail.

En Afrique de l’ouest, la situation est un peu meilleure, car on a ici accès à un gros câble sous-marin (et pas seulement à des connexions via satellites). Un câble similaire est en cours d’installation dans l’océan Indien, mais il n’est pas encore opérationnel.

Les utilisateurs doivent aussi compter avec des systèmes obsolètes, les pannes d’électricité et la pauvreté en contenus locaux. Des interfaces sont maintenant disponibles dans un certain nombre de langues africaines, mais cela ne dispense pas d’un certain niveau d’éducation. Quant aux contenus multimédias, ils sont inaccessibles en raison de la lenteur du réseau.

The Economist ajoute bien sûr que l’existence de monopoles d’État est un obstacle… mais l’initiative privée a heureusement contourné cet obstacle et 25 Milliards ont été investis au cours des 10 dernières années dans le secteur. L’ONU se fixe comme objectif de diviser par trois le coût de l’accès à internet d’ici 2012. À cette date, ministères, écoles, hôpitaux devraient tous être connectés (si ces prévisons s’avèrent aussi optimistes que celles des objectifs du millénaire, cela promet…)

À cette date le bâtiment IF sera-t-il enfin connecté au réseau ??? SUSPENS… Le rapport onusien n’en dit mot, car bien sûr le problème est supposé résolu dans les pays développés…
 


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