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Note de lecture: La grande dépression.


The forgotten Mann : A new history of the great depression ‘Amily Shlaes, HarperCollins, 464p, $26.95
Long-range public investment: The forgotten legacy of the New deal de Robert D Leighninger Jr, University od South Carolina Press, 265p, $24.95
Compte rendu dans la New York Review of Books du 8 novembre 2007 par Benjamin M. Friedman

La crise des années 30 a une dimension mondiale. Dans les économies les plus avancées, la chute de la production et de l’emploi a été plus forte et plus longue que durant toute autre crise dans l’histoire. Dans de nombreux pays, ce désastre économique eut également de profondes conséquences politiques, en particulier l’arrivée au pouvoir du parti nazi en Allemagne, mais également le renforcement de forces d’extrême droite fascistes (qui se traduisit finalement  en France par le régime de Vichy). Ils encouragèrent aussi une partie de l’opinion en Grande-Bretagne et en Amérique a flirter avec l’extrême droite.

Les États-Unis furent avec l’Allemagne l’un des pays les plus gravement touchés par cette catastrophe économique. Aujourd’hui encore, le débat est vif sur les causes qui provoquèrent cette crise sans précédent. Aux États-Unis la plupart des économistes considèrent que la gravité de la crise fut essentiellement provoquée par les erreurs de la réserve fédérale et des hommes politiques. Si la réserve fédérale avait adopté une politique beaucoup plus souple en mettant à la disposition des banques les fonds dont elles avaient un urgent besoin, l’issue de la crise eut probablement été très différent. De même, la politique consistant à relever les tarifs douaniers pour équilibrer le budget en augmentant les rentrées fiscales, eut des conséquences catastrophiques. Enfin, l’absence d’assurance sur les dépôts bancaires, qui priva de nombreuses familles de leurs économies, aggrava considérablement la crise.
L’effondrement du marché boursier ne fut en lui-même que le symptôme d’une crise beaucoup plus large. Il en est en aucun cas la cause.
À long terme, la conséquence la plus fondamentale de cette crise, fut le rejet par l’opinion et le monde politique du credo qui avait longtemps prévalu, celui d’un équilibre naturel des marchés assurés par la liberté d’entreprendre. Il devient évident qu’en période de crise, une période de l’État était indispensable. C’est seulement avec la seconde guerre mondiale que l’économie américaine retrouva le niveau de prospérité qu’elle avait connue avant octobre 1929.
Dans la société américaine de l’entre-deux-guerres, une part croissante de la population occupait des emplois salariés, souvent dans de grandes sociétés. Ces nouvelles couches salariées étaient incapables de se protéger contre les conséquences d’une grave crise économique. Dans ce contexte, l’éthique protestante évoquée par max. Weber, qui fait de la réussite matérielle d’un individu le critère de sa valeur, fut largement remis en cause.
Pour de nombreux Américains, qui refusait de se considérer comme responsable de leur situation, et qu’il n’avait aucun moyen de se protéger et de protéger leurs familles, le rôle que pourrait jouer le gouvernement pour résoudre la crise devient une question centrale. Dans la plupart des pays avancés, la réponse à la dépression consista en une intervention du gouvernement, beaucoup plus conséquente que dans les périodes précédentes aux États-Unis, cette intervention se trahit l’usine par la création d’une sécurité sociale, d’une assurance contre le chômage, d’une assurance des dépôts bancaires, d’une régulation des marchés financiers, et d’une assistance aux personnes dans le besoin. La frontière entre ce qui devait relever du secteur public et du secteur privé s’en trouva fortement déplacée.

À l’époque, les Américains furent frappés par le contraste entre la vigoureuse expansion économique de la fin des années 20, en particulier la forte progression du marché boursier, et la profondeur de la dépression qui suivit. En réalité, les résultats économiques après la première guerre mondiale furent très contrastés. Quelques mois après l’armistice, commença une période de récession qui dura jusqu’au printemps de 1919. Une nouvelle récession plus profonde et plus longue, commença l’année suivante et durera un an émis jusqu’au milieu de l’été 1921. Deux autres périodes de ralentissement, d’une durée plus d’un an, se produisirent en 1923 – 1924 et 1926 – 927 au total, sur les 132 mois, d’août 1918 à août 19 129,52 connurent un recul économique. Mais la récession qui commença avec l’été 1929 était différente. La production totale était en 1930 de 9 % inférieure à celle de 1929 la plus forte jamais enregistrée aux États-Unis. Pendant les trois années suivantes, on observa des thèses successives de 6 %, puis 13 %, et finalement d’un pour cent. Au total, la production industrielle chuta de moitié, et dans certaines industries clés de bien davantage encore. La production d’acier tomba de 62 millions de tonnes à 15 millions de tonnes. L’extraction de fer s’effondra en deux 74 millions de tonnes à 10 millions.
Avec une chute de la production et des ventes, les entreprises ne furent pas en mesure de conserver le même nombre employé. Le chômage qui représentait moins de 3 % de la population active en 1929 a atteint le taux de 23 % en 1932. Privés de salaire, de nombreuses familles ordinaires durent réduire leurs dépenses. Les achats de nouvelles automobiles par exemple tombèrent de 4,5 millions en 1929 à un 1 million en 1933. Incapables de payer leurs loyers, où les traites de leurs maisons et appartements, de nombreuses familles furent expulsées, donnant naissance à des « Hoovervilles », campement de fortune, bidonvilles à travers tout le pays. Le revenu par habitant retomba niveau atteint en 1900. La chute des ventes, provoqua à son tour l’effondrement des investissements les investissements dans de nouvelles machines, dans de nouvelles usines qui atteignaient 11 milliards de dollars 1929 tombèrent à 3 milliards de dollars en 1933. Alors qu’on construisait un demi-million de nouvelles maisons en 1929, ce chiffre ne fut que de 93 000 en 1933.
Mars 1933 fut le point le plus bas de la dépression. La production totale augmente pas de 11 % en 1934, de 9 % en 1935, et de 13 % en 1936, retrouvant enfin le niveau de 1929. Mais dans de nombreux secteurs, les entreprises réussissaient désormais à atteindre ces résultats avec une main d’œuvre beaucoup moins nombreuse.
Le nombre d’Américains qui en 1936, occupaient un emploi d’un agricole atteignait tout juste 30 millions, contre 33 000 007 ans plus tôt, et alors même que 4 millions d’Américains employés par des programmes fédéraux, n’apparaissait pas dans les statistiques du chômage, qui se maintenait aux alentours de 10 %.
En 37, la production augmenta à nouveau de 5 %, mais en 38 et chuta de 3 %. La plupart des des économistes attribuent s’être chute à l’adoption d’une politique monétariste plus classique visant à restaurer l’équilibre du budget et à renforcer la fiscalité.
La politique keynésienne, visant à augmenter le déficit en période de crise, n’était pas à l’époque celle du gouvernement américain et de la réserve fédérale. Ces derniers restaient attachés à l’idée d’équilibre budgétaire. Ce déclin de la production s’arrête à milieu de l’année 1938, et l’année 39 fut à nouveau une année de forte croissance avec une augmentation de la production de 8 % suivis d’une augmentation de 9 % en 1940. Mais le marché de l’emploi resta caractérisé par un fort chômage, qui ne prit fin en 1942, première année complète au cours de laquelle les États-Unis participèrent à la seconde guerre mondiale.

Durant cette période, Roosevelt et son administration transformèrent profondément de larges secteurs de l’économie américaine. Des programmes d’emplois comme le CCC (Civilian Conservation Corps) et le WPA (Works progress Administration) procurèrent du travail à quelque 8 millions de personnes. Au total, c’est près d’un Américain sur cinq, à un moment ou un autre, qui reçu une aide directe de l’État fédéral à travers l’un de ces programmes. C’est ainsi que ces programmes permirent, malgré la crise, une chute du taux de mortalité infantile aux États-Unis pendant les années 30. Le Homeowners Loan Corporation et le Farm Credit Administration refinancèrent un cinquième des prêts immobiliers et des prêts hypothécaires concernant les fermes. L’US Housing Authority fournit des maisons à loyer modéré. L’Agricultural Adjustment Administration soutint les prix des produits agricoles. La Tennessee Valley Authority permit l’électrification de nombreuses régions du sud des États-Unis. Enfin, dans de nombreuses industries, des autorités de régulation furent mises en place.

Le premier ouvrage fait État des débats au sein de l’administration Roosevelt (le Brain Trust) et de l’opposition que rencontrèrent certaines de ses mesures, conduisant par exemple en 1935 la cour suprême, a déclarer inconstitutionnel le National Recovery Administration. Le new deal est un défi à tout ceux qui aujourd’hui veulent nier l’utilité d’une intervention de l’État dans l’économie. On considère généralement que la répugnance du président Hoover à intervenir a transformé une crise ponctuelle en dépression. L’auteur, ancienne journaliste au Wall Street Journal tente de démontrer que l’action de Roosevelt n’est pour rien dans le redressement des États-unis. Elle cherche d’abord à montrer que Hoover a été plus actif face à la crise qu’on ne le croyait généralement ; Mais c’est pour imputer à son activisme la responsabilité d’une aggravation de la crise : « De 1929 à 1940, de Hoover à Roosevelt, l’intervention de l’État a contribué à approfondir la crise ».

Sa démonstration présente quelques faiblesses. Elle nie le redressement rapide qui se produit dès 1933 (la production industrielle est en décembre 1933, supérieure de 32% au niveau atteint en juillet 1932). En revanche, elle accorde une grande importance à la rechute de 1937-1938.

Conformément à l’idéologie néo conservatrice, l’auteur cherche également à démontrer que le new Deal a empêché les entreprises d’innover. En favorisant l’accès au crédit, en encadrant la fixation des salaires et le marché de l’emploi (ce qui fit progresser le salaire réel et baissé le chômage) la politique de Roosevelt aurait freiné les embauches : « La peur gela l’économie» !

Mais, comme le souligne l’auteur de l’article, le maintien d’un chômage élevé ne doit pas faire perdre de vue le redressement rapide de la production et l’élévation de la productivité (les années 30 sont la période du XX° siècle où la productivité progresse le plus rapidement aux États-unis). De plus, pour l’historien Alexander Field, la période 1929-1941, voit d’importants progrès technologiques (Chimie, aéronautique, production et distribution de l’électricité, transports, communications, génie civil). Beaucoup d’innovations qu’on attribue généralement à la seconde guerre mondiale, remonte souvent en réalité à cette période d’avant guerre.

La démonstration de Shlaes s’accompagne également d’un dénigrement systématique de la personnalité de Roosevelt. Enfin elle ne permet pas de comprendre le caractère international de la crise et le redressement très inégal des économies à la veille de la seconde guerre mondiale. Il semble bien pourtant que le système monétaire, basé sur l’or (gold standard), porte une lourde responsabilité dans la persistance de la crise, en particulier dans les pays, comme la France, qui se refusèrent le plus longtemps à l’abandonner. Elle néglige également de reconnaître le poids de la crise internationale sur la profondeur et la durée de la crise américaine.

Le second ouvrage adopte un tout autre point de vue, et cherche à démontrer l’influence à long terme sur la société américaine. l’auteur énumère longuement, témoignages photos à l’appui, les nombreux ouvrages d’art, bâtiments, équipement construits grâce aux programmes du New Deal. Il montre comment les financements publics permirent à de nombreux projets, rentables, mais pas immédiatement, d’être réalisés (par exemple l’électrification d’une grande partie du sud des États-unis). Les programmes contribuèrent également à atténuer les souffrances de millions d’Américains pendant cette période, et ils y contribuent encore plus de 70 ans après celle-ci.

En conclusion, l’auteur s’interroge sur les voies si dissemblables que prirent à cette époque les États-unis et l’Allemagne. À la veille de la crise, le parti nazi ne recueillait que 2,8% des voix aux élections allemandes. C’est la dépression qui leur permit d’accéder au pouvoir. La politique de justice sociale adoptée aux États-unis conduisit au renforcement de la démocratie. Si incomplète qu’elle soit, la réponse des autorités américaines à la crise immobilière, et désormais financière, qui secoue le pays depuis l’été 2008 constitue sans doute la meilleure défense possible du New Deal et de la nécessité d’une intervention publique qu’on pouvait imaginer.

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Visages de la grande dépression (1929-….)

Pétré Grenouilleau superstar!

Accueil chaleureux à l’historien Pétré Grenouilleau, professeur à l’IEP de Paris, lors du stage organisé jeudi 15 mai à Dijon. Le sujet choisi par le conférencier portait sur les mouvements abolitionnistes. Une grande partie de la journée fut ensuite consacrée à un jeu de questions-réponses très nourri. L’auteur qui travaille sur le capitalisme maritime, l’histoire des idées économiques, en particulier l’économie morale à l’époque moderne et contemporaine, travaille actuellement à une histoire générale de l’esclavage, ouvrage à paraître dans la collection de Pierre Nora, la bibliothèque des histoires, chez Gallimard.

Expliquer l’abolitionnisme.

Le mouvement abolitionniste a été, dans la seconde moitié du XVIII° siècle une révolution, un changement considérable.

Deux courants contribuent puissamment à l’essor de l’abolitionnisme ::

  • Le plus connu en France est le courant philosophique (cf. le livre XV de De l’esprit des lois de Montesquieu).
  • Mais en Angleterre, le mouvement se développe parallèlement au mouvement du réveil protestant, et dans le courant quaker et est très lié à la philanthropie religieuse.
  • Film britannique Amazing grace (2007).

En France, le rôle des Lumières dans la lutte contre l’esclavage fait l’objet d’une double critique :

  • Critiques de droite contre le rôle des philosophes des Lumières (qui sont discrédités à leurs yeux par leur rôle dans la genèse de la révolution).
  • Critiques de gauche qui accusent les philosophes de « modérantisme » : On leur reproche une certaine hypocrisie, et en particulier de n’envisager qu’une libération graduelle, progressive des esclaves.

J. Ehrard, dans Les Lumières et l’esclavage, note avec justesse qu’on passe d’une relative indifférence à la gêne vers 1750. Puis entre 1750 et 1780 de la gêne au doute. Cette prise de conscience conduit en 1788 à la création de la société des amis des noirs.

Désormais, c’est au nom d’un principe général que l’on condamne l’institution de l’esclavage.

La thèse, ancienne, de E. Williams (Capitalim and slavery, 1944, traduction française, 1968) n’est plus admise aujourd’hui. Selon cette thèse, la traite atlantique aurait été l’un des éléments de l’accumulation de capital nécessaire à la révolution industrielle. Dans un second temps, l’Angleterre industrialisée aurait combattu la traite, parce que celle-ci était liée à l’ancien système de l’exclusif colonial (qui établissait un monopole du commerce entre la métropole et ses colonies). L’exclusif devenant un frein au développement de la domination économique britannique, économie dominante à l’époque. L’interdiction de la traite en 1807 était pour cet auteur lié à ce contexte. D’autre part certains auteurs libéraux comme A. Smith ont dès le XVIII° siècle affirmé la supériorité du travailleur libre sur l’esclave.

Cette thèse a été « démontée » entre autres par Drescher en 1977. Cet auteur a montré qu’en 1807, date de l’abolition, l’Angleterre a plus que jamais besoin de ses colonies (c’est l’époque où se déclenche le blocus continental). Le choix de l’abolition est donc d’abord un choix moral qui ne correspond pas aux intérêts économiques immédiats des Britanniques. Pour cet auteur, l’abolition coûte l’équivalent 1,8 % de croissance annuelle du produit intérieur brut de la Grande-Bretagne pendant trente ans (alors que le même auteur évalue à 1 % du pib par an les bénéfices de la traite au XVIII° siècle).

Enfin, en Grande-Bretagne, le mouvement abolitionniste est un mouvement de masse (ce qui n’est pas le cas en France). De la fin du XVIII° à la fin du XIX°, les pétitions antiesclavagistes recueillent dans ce pays des millions de signatures (le droit de pétition est officiellement reconnu en Angleterre depuis la fin du XVII° siècle).

M. Pétré Grenouilleau s’oppose également avec force à la thèse postcoloniale qui attribue la fin de l’esclavage aux luttes des esclaves eux-mêmes.

Il dénonce en particulier la distinction que fait ce courant entre « résistance passive », minorée par eux (actes individuels, non violents, petit marronnage, empoisonnements), et les formes « actives, seules dignes à leurs yeux d’intérêt (grand marronnage, révoltes).

Jusqu’à la fin du XVIII° siècle les esclaves ne nourrissent pas un projet d’émancipation collectif, ce qui est compréhensible, puisque presque toutes les sociétés (en particuliers celles dont sont issus les esclaves, pratiquent l’esclavage, parfois sur une large échelle). Le projet d’émancipation est un projet individuel, dont la forme la plus courante est l’affranchissement. Celui-ci ne concerne pas n’importe quel esclave. Il peut s’agir de la mère noire d’un enfant adultérin d’un planteur, ou d’un serviteur fidèle qu’on veut récompenser. Il ne s’agit pas toujours d’un acte désintéressé car l’esclave parfois se rachète.

Il n’existe pas d’étude statistique sur l’importance de l’affranchissement. On sait cependant qu’il est plus fréquent dans l’Amérique espagnole que dans les colonies anglaises ou françaises, probablement parce qu’il remet moins en cause l’équilibre social dans les colonies espagnoles.

La thèse de l’affranchissement des esclaves par leur lutte n’est guère défendue en dehors de la France (par l’école postcoloniale). Il est vrai cependant que des liens se sont parfois tissés entre esclaves ou anciens esclaves et abolitionnistes (Olaudah Equiano).

Les révoltes s’observent surtout à trois moments de l’histoire des systèmes esclavagistes :

  • Au moment de la naissance des systèmes esclavagistes (quand ils ne sont pas encore stabilisés).
  • Lorsque ces systèmes traversent une période révolutionnaire.
  • Quand ces systèmes entrent en période de déclin.

Les révoltes peuvent alors peser sur les décisions, accélérer les processus. Mais globalement, on ne connaît que trois grandes révoltes d’esclaves (celle de Spartacus au I° siècle avant JC, celle d’Irak au IX° siècle et celle de Saint-Domingue à la fin du XVIII° siècle). Cette dernière fournit le seul exemple d’une révolte d’esclaves victorieuse.

En fait, toute tentative d’explication par un seul facteur est vouée à l’échec (ainsi chez l’abbé Grégoire, les motivations religieuses et philosophiques sont intimement mêlées).

Les textes des abolitionnistes lient les arguments moraux et les arguments utilitaires. Clarkson montre ainsi l’importance que tient dans leur argumentaire le chiffre de la forte mortalité des marins britanniques liée à ce trafic, et le fait que la traite forme de biens mauvais marins, davantage gardes chiourmes que navigateurs).

De même en France on dénonce le commerce du sucre comme profitant exclusivement à une petite minorité et non à la population dans son ensemble.

L’intervenant prône une approche plus compréhensive, au sens de Max Weber. Il s’agit davantage de comprendre la perception des acteurs que de se comporter en juge.

(Lire la suite en ouvrant l’article)

Un réformisme radical.

On peut dès lors définir le projet abolitionniste comme un réformisme radical.

L’esclavage est au XVIII° siècle une « institution particulière ». L’esclavage a disparu en France depuis plusieurs siècles (il n’en va pas de même des pays méditerranéens). L’existence même de l’esclavage, dans des terres lointaines, est perçue comme de plus en plus inacceptable. L’abolitionnisme se fixe pour but la suppression de l’esclavage, c’est là sa nouveauté radicale. Pour bien percevoir cette radicalité, il convient de se rappeler que le système esclavagiste et la traite sont alors à leur apogée. Les plantations de sucre, de café, de cacao ne cessent de s’étendre.

Autre facteur défavorable au mouvement abolitionniste, la période est marquée par le développement d’un racisme (cf. le livre de Pierre Boulle, Race et esclavage dans la France de l’époque moderne). Il se développe d’une part dans les colonies comme à Saint Domingue, en liaison avec le développement de la population noire libre. Mais il touche aussi la métropole où, sous l’influence des grands planteurs, il gagne une partie des élites. C’est ainsi qu’en France, une dizaine d’années avant la révolution, les autorités ordonnent le recensement des hommes de couleur libres (5000 environ), dont le nombre provoque la crainte d’un « mélange des sangs ».

Enfin la révolution n’est pas un facteur favorable à l’abolition, au moins dans un premier temps.

  • D’une part, elle va décapiter le mouvement abolitionniste. Ses chefs appartenant en effet pour la plupart aux Girondins.
  • D’autre part, les esclavagistes, planteurs et négociants, se livrent à un actif lobbying. L’abolition menaçant selon eux 5 à 6 millions de mourir de faim. La défense de la traite se confond dans leur discours avec la défense de l’intérêt national, et les abolitionnistes pouvant apparaître comme des alliés de l’Angleterre (idée qui perdurera pendant la première moitié du XIX° siècle).

La période du Directoire et du Consulat voit d’ailleurs s’affaiblir le mouvement abolitionniste (quelques individus subsistent (abbé Grégoire, entourage de Madame de Staël). Mais ce n’est que sous le Second Empire que le mouvement retrouvera en France quelque ampleur.

La révolution n’a pas seule joué un rôle dans ce changement de climat. Les évènements de Saint Domingue jouent le rôle d’un repoussoir en terrifiant une partie de l’opinion :: Diffusion de récits des exactions aux Etats-Unis, Propos de Miranda au Vénézuela qui dit préférer un siècle sous le joug imbécile de l’Espagne, plutôt qu’une révolte comme celle de Saint Domingue. C’est le thème du « volcan qui sommeille, promit, lui aussi à un bel avenir. Le climat contre-révolutionnaire après 1815 est également défavorable au mouvement.

Le mouvement est cependant réformiste car il vise à une disparition graduelle de l’esclavage, s’opposant en cela à la décision de la convention (1794). Ainsi le projet de Condorcet prévoyait une disparition au bout de 77 ans. Cette attitude s’explique

  • D’une part par un souci tactique: on s’attaque d’abord à la traite, ce qui mécaniquement devrait conduire à une première amélioration du Sort des esclaves (les maîtres ayant intérêt à mieux traiter un « cheptel » devenu rare).
  • D’autre part pour des raisons économiques (mais cela est beaucoup moins important).

C’est également par souci tactique que beaucoup d’abolitionnistes acceptent le principe d’une indemnisation des planteurs, tout en préférant le terme de dédommagement pour bien marquer le caractère immoral de l’esclavage.

Cette préférence pour une évolution graduelle s’explique aussi par la question de la maturité des esclaves. Pour les abolitionnistes, l’esclavage abruti les hommes, ils ne peuvent accéder à la liberté complète, à la citoyenneté du jour au lendemain. Les projets abolitionnistes évoquent donc le plus souvent un stade de salariat contraint chez les anciens maîtres, ce qui permet également d’assurer une survie du système des plantations. Les autorités noires de Saint Domingue n’envisageront rien d’autre en cherchant à rétablir les grandes plantations avec un salariat libre. Cette position est aussi celle de Tocqueville.

Les abolitionnistes traitent cette question de l’esclavage, comme on traite à l’époque celui de la prostitution, de la mendicité, il faut passer par une régénération. On retrouve là l’influence de la morale chrétienne, et le parallèle est souvent fait entre esclaves et ouvriers. Dans les deux cas, c’est par le travail, l’épargne, la lecture de la Bible que la réintégration dans la société peut se faire progressivement.

Abolitionnisme et démocratisation

L’idée de liberté est centrale dans le projet abolitionniste. Il repose sur l’opposition frontale entre liberté et esclavage et sur l’impossibilité d’un état intermédiaire. Toute forme de dépendance est assimilée à l’esclavage et donc réprouvée (c’est le cas des domestiques pendant la révolution française). Dans d’autres civilisations, la situation est souvent plus mouvante (cas de l’Inde ou alternent des phases de développement et de repli de l’esclavage face à d’autres formes de dépendance, cas des gagés en Afrique de l’ouest).

On passe à la fin de l’Ancien régime d’un système où l’on défend des libertés (qui sont en fait des privilèges) à une défense de La liberté, qui est un absolu.

Le rôle de l’opinion, en particulier en Angleterre, témoigne du passage à « l’ère démocratique ». Dans ce pays, la tradition protestante joue un rôle majeur :: On lit la Bible et on se forge sa propre opinion (par opposition au système catholique ou le prêtre, l’Eglise dit le vrai).

On observe également le développement d’une nouvelle sensibilité religieuse (éthique de la conviction). Il existe un nouveau rapport entre la foi et la pratique :: on veut mettre en accord sa foi et son action dans le monde. En témoigne le fait que, en 1689, devant la Sorbonne, germain fromageau peut encore répondre à la question : L’esclavage est-il licite ? en prononçant une condamnation de principe immédiatement nuancée par des justifications partielles. Un siècle plus tard, les « nouveaux croyants » ne se reconnaissent plus dans ce type d’attitudes, en particulier dans les nouvelles sectes en Angleterre (méthodistes, églises dissidentes, Quakers aux États-Unis).

Autre aspect de ce lien avec la démocratisation, l’importance du travail parlementaire dans la préparation de l’émancipation. Les lois sont toujours précédées de commissions, d’enquêtes parlementaires.

Ainsi en France, des lois sont votées contre la traite en 1818, 1827, 1831, avant l’abolition de 1848.

En Angleterre, l’abolition de la traite (1807) précède celle de l’esclavage (1833). Idem au Brésil (1855 et 1888).

Peut-on dire que l’abolitionnisme est un phénomène occidental ? la question de l’injustice de l’esclavage est posée ailleurs, mais l’abolitionnisme comme mouvement se limite aux sociétés démocratiques occidentales et ce à un moment donné : Angleterre, France, Suisse (rôle important dans la traduction et la diffusion des écrits abolitionnistes anglais).

Après 1815, se met en place, à l’initiative de l’Angleterre un droit de visite réciproque (au bénéfice ou à la charge de l’Angleterre surtout). Ce droit de visite n’est accepté par la France qu’au début de la Monarchie de juillet.

Questions-réponses.

Pourquoi le rétablissement de l’esclavage par Napoléon?

Il n’agit pas par idéologie mais simplement parce qu’en 1802, il veut rétablir le vieux système colonial dont l’esclavage fait partie (1802 c’est la paix d’Amiens, il a l’espoir de reconstituer un Empire français en Amérique).

À propos du développement du racisme.

C’est à la fin du XVIII° qu’apparaissent certaines pratiques médicales, comme la mesure de l’angle facial, supposé déterminer l’intelligence.

Dans quelles conditions s’effectue le rétablissement de l’esclavage ?

Échec à Saint Domingue (indépendance de l’Ile reconnue seulement en 1825, contre indemnisation des planteurs). Révoltes réprimées en Martinique et à la Guadeloupe, pas d’abolition de l’esclavage dans l’océan Indien.

Esclavage :: rapport uniquement de races ?

Non, à Saint Domingue, 20 à 30 % des esclaves sont possédés par des hommes libres de couleur.

Définition de l’esclavage ?

4 critères :: Utilité économique, rendre étranger (par l’exposition en Grèce ancienne ou à Rome), possession, statut d’homme en sursis.

Continuite de l’esclavage ?

Continuité jusqu’au XVII° siècle en méditerranée, en Europe, le servage n’a pas remplacé l’esclavage, qui déclinait déjà à la fin de l’empire romain (au profit du colonat par exemple). C’est un autre système.

Importance du trafic en France:

Rôle dominant de nantes :: 42 % des expéditions au XVIII° siècle et 70% au XIX° (malgré l’interdiction qui pendant longtemps n’a pas été respectée).

Rôle du racisme dans l’esclavage ?

 Très variable. Fort racialisme en Amérique du nord, beaucoup plus faible dans le monde musulman.

cf l’article Traites négrières sur Wipedia.

 

Moment de lieu: La Floride, the sunshine state.

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La Floride est l’espace touristique le plus fréquenté du monde: 60 millions de touristes. la Floride bénéficie de sa complémentarité climatique avec le nord est au sein d’un État unifié, les États-unis dont la population a été multipliée par 4 au XXe siècle. la croissance touristique de cet État a également profité de la diffusion précoce de l’automobile, favorisant elle même la diffusion précoce du tourisme, la naissance du caravaning et des terrains de camping.

La Floride est annexée aux États-unis en 1819, mais reste longtemps une région sauvage et sous peuplée. l’économie ne se développa vraiment que dans le dernier quart du XIXe siècle. En 1875, on comptait déjà 33000 touristes hivernaux. concentrés dans le nord car le reste de l’État était difficile d’accès. la construction de lignes de chemin de fer sur les deux côtes permit le développement de Jacksonville qui devient un lieu de cure. le train atteignit Miami en 1896. Au début du XXe siècle, le pays accueillait de nombreuses personnalités en particulier le royal palm en hiver.

En 1915, une campagne publicitaire dans 19 journaux du nord-est affirmait: « It’s allways june in Miami ». la campagne publicitaire s’amplifia dans les années suivantes, et des bureaux touristiques furent ouverts dans les principales villes du pays. la promotion jouait sur l’avantage climatique de Miami située dans la zone subtropicale. En été, l’atout climatique est moins évident (chaleur, fortes précipitations). l’ensoleillement est un autre atout: 3000 heures par an contre 2500 à Boston.

Le développement de l’automobile provoqua la naissance de nouvelles infrastructures: la sunshine highway. Les stations durent s’adapter à l’arrivée massive des automobiles. En 1930, on comptait une voiture pour 5 habitants aux Etats-Unis. On vit apparaitre de nouveaux visiteurs: les Tin Can Tourists qui descendaient en hiver avec leurs caravanes. De nombreux camping firent leur apparition et le réseau routier se développait. On vit aussi chaque hiver une nuée d’employés saisonniers qui repartaient au printemps. Les vieilles stations respectables comme palm beach ou Miami Beach ne souhaitaient pas accueillir ces nouveaux venus, ce qui favorisa la diffusion du tourisme dans le reste de l’Etat. On évaluait en 1925 à 5 millions le nombre de véhicules utilisés par ces touristes. Ils se distinguaient également de leurs prédécessuers plus fortunés par leur goût pour le grand air et le soleil. On les appelait « sun hunters ».

Miami

la première guerre mondiale, en interdisant les voyages en Europe favorisa l’essor du tourisme. Mais en 1926, un crack immobilier toucha l’État et en 1926, un ouragan détruisit des milliers de maisons. la dépression aggrava encore la crise, mais le New Deal permit de financer la construction d’un aéroport, d’un auditorium, d’un casino, et la rénovation de nombreux hôtels. A key West, quelques 200 maisons en bois furent restaurer pour accueillir hommes d’affaires et artistes. Ce quartier de old town est aujourd’hui l’un des quartiers historiques inscrits à l’inventaire national… Dès 1934-1935 la fréquentation progressait comme dans le reste de la Floride. Dand les années 70, la Panam transportera en quelques heurezs les touristes « from snow to paradise ». la promotion de la saison estivale se développa dès les années 40: « Miami is just as delightful in summer as in winter ». A cette date, la Floride accueillait 2,8 millions de touristes. Pendant la guerre, les militaires se substituèrent aux vacanciers. beaucoup de vétérans s’y installèrent, puis après 1959 les Cubains. En 1980, on comptait 36 millions de touristes.

En 1971, s’ouvrait le Walt Disney World. Mais parallèlement, les tensions raciales à Miami,et les émeutes qu’elles provoquaient favorisèrent le développement de stations plus tranquiles au nord de l’Etat. Au printemps, on vit se développer le « spring break » (arrivée massive d’étudiants). Aujourd’hui, la saison estivale l’emporte pour la fréquentation car elle est la préférée des familles. le nombre de touristes atteint 60 millions. le secteur touristique emploie 800000 personnes sur une population totale de plus de 23 millions. le tourisme a donné naissance à une conurbation d’une centaine de kilomètres de longueur qui inclue Miami, Fort Lauderdale et West Palm Beach, soit quelques 5 millions de personnes. (la Côte d’azur est 4 fois moins peuplée).

couv_tourismes2.jpg équipe MIT, Tourisme 2, moments de lieux, Belin , 2005. (indispensable!)


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