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Les prisonniers de guerre de Jacques de Lalaing (1883).


Ce superbe tableau de Jacques Lalaing est visible au Palais des Beaux Arts de Lille. On en cherchera en vain la reproduction sur le site de ce musée, ou dans le catalogue des collections. Les artistes maudits ont changé de camp… Il s’intitule « Les prisonniers de guerre » et représente 5 soldats français fait prisonniers pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871, passablement oubliée elle aussi!

Il existe une biographie de cet artiste, imprudemment titrée: « Jacques de Lalaing. Artiste et homme du monde (1858-1917) ». Voilà qui ne risque guère de le faire sortir de l’oubli, non plus que sa carrière, toute académique. Pour aggraver son cas,  » il travaille avec une régularité exemplaire. Il ne se passe pas un jour sans qu’il n’aille à l’atelier pour esquisser, dessiner, peindre ou modeler. Il mène de front son travail d’artiste jamais envisagé en terme de dilettante et une vie sociale et mondaine bien remplie ». Cette fois, il est mort!

Commentaire (été 2007): Le Louvre à Abou Dhabi et l'idéologie du "bougisme".

Commentaire

La revue Commentaire, publiée 4 fois par an, est l’une des 4 ou 5 grandes revues intellectuelles françaises. Fondée par Raymond Aron en 1978, elle défend un libéralisme économique et politique fortement mitigé par les préoccupations sociales et citoyennes. C’est à ma connaissance, l’un des seuls organes de presse avec Marianne, à avoir soutenu la candidature de François Bayrou et à publier sur son site des inédits du candidat malheureux du Modem…
Dominique Grimod revient sur la décision d’ouvrir une « succursale » du Louvre à Abou Dhabi. Tout en rappelant les antécédents des prêts aux Etats-Unis et au Japon de la Joconde et de la liberté guidant le peuple (prêts qui représentèrent à ses yeux un risque élevé pour l’intégrité des oeuvres, effectués à la demande expresse de Malraux, de Gaulle et Pompidou), il dénonce la transformation du Louvre en un logo : « On comprend qu’on puisse être choqué que « le Louvre » puisse être vendu comme un logo, s’agissant d’un lieu de conservation du patrimoine et de la mémoire nationale. « Le Louvre » n’est pas l’équivalent de « Publicis » ou d’Ikea », entreprises remarquables certes, mais qui peuvent être remplacées dans leur activité par d’autres. L’auteur rappelle qu’un grand Musée est un tout, qu’il constitue aussi, puisque ces arguments semblent seuls aujourd’hui avoir du poids, une source non négligeable de devises, par les flots de visiteurs qu’il provoque dans la capitale française (l’auteur rappelle que compte tenu de cet apport à la balance touristique, les Musées ne sont pas un coût pour l’économie française).

Comment expliquer que l’avis des experts n’est pas été pris en compte au moment de la décision ? l’auteur attribue cette situation à plusieurs facteurs : « Les pratiques ont changé au cours des dernières années en même temps que s’affaiblissait l’esprit civique. La compétence des « scientifiques » a perdu de sa légitimité. L’antenne des arts premiers fut installée au Louvre sans l’agrément du président-directeur général de l’époque et conservée après l’ouverture du musée du quai Branly, alors qu’elle remet en question la logique de la répartition des oeuvres entre les différents musées de la capitale. Politique africaine de la France et goût personnel du président de la République obligent. C’est selon la même logique, pour prendre un exemple universitaire, qu’un directeur de l’École normale supérieure fut nommé sans que le milieu scientifique fût véritablement consulté (avec les réactions que l’on connaît) comme si la nomination à des postes de haute compétence intellectuelle pouvait être le fait de la seule décision du prince au même titre que n’importe quelle nomination de fonctionnaire. L’idée  d’une « communauté scientifique » ou de « communauté intellectuelle » est devenue étrangère au monde des hommes politiques. On l’avait déjà observé quand Jean-Pierre Chevènement en 1981 réforma les commissions du comité national du CNRS comme on change les responsables des entreprises nationalisées. La formation par l’ÉNA a eu pour effet pervers de donner aux hauts fonctionnaires et aux hommes politiques qui en sont issus l’idée qu’ils sont compétents pour traiter de tout ce qui est de la responsabilité de l’État. Ils se jugent aptes à gouverner la culture intellectuelle ou artistique comme n’importe quel département administratif. Le clientélisme accentué de ces dernières années a rendu cette tradition encore plus critiquable — et condamnable : dans ce secteur comme dans les autres, le président de la République en fin de règne a nommé ses amis aux postes clés, des décisions essentielles ont été prises sans consultation des « scientifiques » par les autorités pour des raisons exclusivement politiques. La différence de degré est devenue une différence de nature.

C’est devenu une vérité d’évidence, répétée par tous, les œuvres d’art doivent circuler et ceux qui mettent quelques conditions à cette circulation généralisée ne seraient que des attardés, attachés de surcroît à la domination de l’Occident où se concentrent les grands musées encyclopédiques, Londres, Paris, Berlin, New York ou Saint-Pétersbourg, derniers signes d’un impérialisme condamnable et d’ailleurs condamné par le sens de l’histoire. L’idéologie du « bougisme », pour reprendre l’expression de Pierre-André Taguieff, n’est plus discutable, elle doit concerner les oeuvres au même titre que les hommes. C’est devenu l’idéologie de tout le monde qui vit de l’État providence culturel. Il va trouver dans les nouveaux projets internationaux un domaine d’intervention encore élargi. Le ministère de la Culture pourra recruter de nouveaux agents et quelques fonctionnaires supplémentaires…

Comment invoquer à ce propos une entreprise de « démocratisation culturelle » ? La construction du Louvre d’Abou Dhabi prend place dans une entreprise qui n’est guère culturelle ni démocratique. Les différents pays du Golfe et, dans une moindre mesure, l’Arabie Saoudite se livrent à une surenchère de constructions prestigieuses, centres financiers construits dans une forêt de tours signées par les plus grands architectes internationaux, aéroports avec leurs Duty free (la publicité pour celui de Dubai tapisse les murs des aéroports du monde entier), gigantesques shopping mails qui s’élèvent dans tous les nouveaux quartiers des capitales. Ces derniers sont ouverts en permanence et rencontrent la faveur du public local et international. En revanche, les fondations culturelles et religieuses érigées en mémoire des souverains défunts, nombreuses, car les membres des familles royales rivalisent pour affirmer la gloire de leur lignée, ne sont guère ouvertes au public. C’est l’acte de fondation et les cérémonies inaugurales qui sont essentiels. Le superbe musée de Riyad construit en l’honneur du roi Abdul Aziz (Ibn Seoud) n’est ouvert au public que fort parcimonieusement. La visibilité et la fréquentation du « Louvre Abou Dhabi » risquent d’être également faibles. »

Dernier regard sur les vacances…

L'art à bout de souffle.

Trainers of thought: a sprinter speeds through Tate Britain’s central gallery as part of Martin Creed’s ‘Work No. 850’

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C’est ce que croit pouvoir affirmer The Independent, à propos d’une récente exposition à La Tate Britain, à Londres: Martin creed work n° 850 (le pompeux a remplacé le pompier!)

En quoi consiste l’œuvre: l’artiste a sélectionné de jeunes coureurs (hommes et femmes), qui doivent traverser, au rythme de un toutes les trente secondes, et aussi vite que possible, la Duveen Gallery, longue de 87 m, en évitant les visiteurs. Le Musée était l’un des seuls lieux encore épargné par l’abrutissement des coureurs, qui en terrain conquis, occupent les trottoirs et vous bousculent au nom de leur précieuse petite santé. C’est désormais fini…

Outre la tendance systématique de l’art contemporain à polluer les lieux d’exposition des époques précédentes (la Tate britain est en principe destinée à l’exposition de peintres britanniques jusqu’au début du XX° siècle), on peut noter un mépris souverain pour l’individu transformé en objet d’exposition (ici des coureurs, ailleurs des cadavres (à Barcelone ce printemps, cet été à Lyon), bientôt, à Londres toujours, le projet d’Antony Gormley: Faire occuper les 4 côtés de la colonne Nelson à Trafalgar square par des volontaires, qui pendant 100 jours, 24 heures sur 24 se relaieront au rythme de 4 par heure pour jouer les statues immobiles. La servitude volontaire portée à un tel niveau aurait fait rêver bien des dictateurs du XX° siècle…

Au fait, work 850, ça signifie qu’il y en a 849 autres?

et même plus, exemple: work 876


Le 531 n’est pas mal non plus…

Enfin, une pensée pour nos lanceurs de chaises, work 925:

le mot « work » (travail) est peut-être excessif…


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