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France Culture: La repentance favorise-t-elle l'intégration?

«Ce n’est certainement pas en enseignant aux enfants de l’immigration que les Français ont été les bourreaux de leurs parents qu’on facilitera leur intégration.» Voilà ce que déclare Malika Sorel dans une interview publiée par la revue Le Débat. On a pourtant souvent entendu le point de vue inverse. Tout un courant historiographique lié au concept de «postcolonialité» incrimine, au contraire, le «déni» et le «refoulement» de l’histoire coloniale par le «roman national». Ce courant, promu par de jeunes historiens de gauche attribue à ce déni et à ce refoulement du passé colonial certaines des tensions intercommunautaires qui travaillent la société française. Ces conflits seraient dus aux représentations issues de la colonisation, lesquelles continueraient d’imprégner les mentalités françaises. En outre, les populations issues de l’immigration auraient le sentiment de revivre, à travers la relégation dont elles sont victimes, une situation de type colonial. C’est par exemple la thèse soutenue par Pascal Blanchard dans l’introduction au livre «La fracture coloniale».
Le débat à propos de la «repentance» que devraient pratiquer les anciennes puissances coloniales – s’inspirant du précédent de l’Allemagne face à la Shoah – a été un temps confiné au milieu des historiens et des moralistes. Durant la campagne électorale présidentielle, il a fait irruption dans le champ politique. C’est Nicolas Sarkozy qui l’y a introduit en déclarant notamment : «Je déteste la repentance qui veut nous interdire d’être fiers d’être Français, qui est la porte ouverte à la concurrence des mémoires et qui est un obstacle à l’intégration, parce qu’on a rarement envie de s’intégrer à ce que l’on a appris à détester.»
Ségolène Royal, à son tour, se trouva obligée de se situer. «La France doit assumer son histoire, toute son histoire. Sans amnésie et sans repentance», déclara la candidate du PS. Mais elle ajoutait : «Mais je crois que notre pays doit aussi être capable de porter un regard apaisé et de poser les mots justes sur les pages plus sombres de notre histoire commune. Nous devons être capables de reconnaître la colonisation pour ce qu’elle fit : dominer et spolier. En outre, ce n’est jamais aux descendants de payer pour les crimes qu’ils n’ont pas commis. Mais tous comptables de la transmission de l’histoire collective, oui !»
On le voit, la question de la «repentance» fait désormais partie du débat politique.

Invités:

  • Pierre Nora. Historien, membre de l’Académie française. Directeur de la revue Le Débat. Président de l’association Liberté pour l’histoire.
  • Malika Sorel. Essayiste
  • Pascal Blanchard. Historien. Chercheur associé au CNRS

On peut podcaster l’émission pendant une semaine ici: http://radiofrance-podcast.net/podcast/rss_10175.xml

Décolonisation: Rencontres du 12/10 "la guerre d'Algérie, une mémoire vive"

algerie10petit1.jpg  Compte-rendu pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister à ces rencontres mais aussi pour ceux qui ont envie d’en garder une trace ….

*Pour consulter les photos de ces rencontres prises par Mathias de TLB, cliquez ici     

Quand l’histoire s’incarne dans des témoins de la qualité de Mr Yanelli, venu rencontrer les quatre terminales L et ES du Lycée le vendredi 12 Octobre  sur le thème de la guerre d’Algérie (1954-1962), elle prend des résonances étonnamment fortes et bouscule les esprits.     

 En effet, Mr Yanelli est un des ces 1,7 millions d’appelés qui n’ont pas eu d’autres choix que d’aller faire la guerre en Algérie   en lutte pour son indépendance – guerre sans nom puisqu’alors non reconnue par l’Etat français -. Il est resté 14 mois dans cet enfer entre 1960 et 1961, avec la particularité d’être, par ses convictions profondes, totalement opposé à cette guerre : il était jeune militant communiste et convaincu de la justesse des  revendications d’indépendance. Son témoignage, avec toute la subjectivité et la particularité que suppose un récit individuel s’inscrivant dans une histoire collective, a montré clairement que la force des convictions peut permettre de rester intègre, malgré la pression qui vous entoure chaque jour. En cela son parcours est différent de Terrien, le  héros du film « ennemi intime »,  vu deux jours plus tôt (voir site du film). Ainsi, pendant tout ce temps, il a refusé de tomber dans l’horreur de la torture, il a même pu, en jouant notamment le rôle très exposé de radio pendant les commandos, éviter d’avoir à tirer sur un Algérien, alors qu’il était tireur d’élite. Persuadé qu’il pouvait agir sur ses camarades, qui le prenaient au départ pour un faible ou un lâche, il a su se faire respecter d’eux. Il a cherché  alors à leur démontrer l’horreur de cette guerre et a tenté de les empêcher, sans certes toujours y parvenir, de commettre le pire.          

    Pour tenir le coup, il consignait dans de minuscules carnets qu’il nous a montrés toutes ses émotions, ses colères, ses angoisses. Aujourd’hui, alors que la distance de plus de quatre décennies devrait avoir atténué la douleur de ces moments, il se décide à publier ses carnets (vous pouvez les télécharger sur son site en cliquant ici ). Pour lui,  rien n’est plus terrible que le silence imposé à tous ces soldats depuis leur retour. Alors témoigner, sortir cette souffrance de l’oubli, est la seule façon de la dompter. A cette fin, il a accepté l’offre d’une troupe de théâtre, la « compagnie zigzag », de mettre en scène ses carnets. Nous avons eu la chance d’entendre, lors de cette rencontre,  des extraits de ce travail  joué par les deux comédiennes  Danielle Latroy-Fuster et Jocelyne Isaac. Lors de leur prestation, la qualité de l’écoute des quatre classes réunies dans la salle des droits de l’homme du Lycée en dit long sur l’émotion mais aussi sur les méditations que suscitent ces écrits, dans une langue passionnée, celle d’un jeune homme de 20 ans, si prompte à nous atteindre. Mr Yanelli lui même reste bouleversé  d’entendre, aussi bien mis en valeur, son propre récit. La blessure n’est pas encore totalement refermée…     

     Mr Yanelli et nos deux comédiennes ont aussi accepté de répondre aux nombreuses questions des lycéens, questions de qualité, certaines très  personnelles  : comment avez-vous pu « tenir » ? Réponse de Mr Yanelli : avec de la chance mais aussi par  la force des convictions.  Il a également puisé beaucoup d’énergie dans  la musique et dans ses  nombreuses lectures  -il a lu toute la bibliothèque de Biskra alors qu’il avait quitté l’école à 14 ans… , et notamment Jacques le Fataliste au programme des Terminales L…-Certaines  questions sont plus générales , sur le conflit : peut-on comparer le combat du FLN avec celui la résistance française en 1940 ? Réponse : c’est un peu plus complexe que cela, les Algériens eux mêmes étaient plus divisés, avec les Harkis, qu’on ne peut comparer à des collaborateurs de 1940 ; ou encore, la violence du FLN était -elle réelle ? réponse, oui, y compris vis-à-vis d’autres Algériens et le travail de mémoire à ce sujet n’a pas été fait de l’autre côté dela Méditerranée, même si  le bilan chiffré reste plus lourd du côté Algérien -cf. . article sur le blog -).      

     Le message que lance Mr Yanelli pour conclure est un appel à la vigilance dans notre monde actuel où l’humain, encore et toujours,  est si souvent bafoué. Il nous conjure   de défendre avec conviction les droits des Hommes à une vie digne. Seule la force de ces convictions pourra combattre les égoïsmes de toutes natures et  éviter le pire. Effectivement,  il en est la preuve vivante.  

    

     Ce  n’est donc pas seulement une leçon d’histoire à travers une mémoire à vif  qu’il nous a donnée, mais aussi une vraie leçon de vie. Et je crois que nous lui en sommes tous redevables….                                                                                  

C.Mehdaoui

Lectures: La naissance du monde moderne de Christopher Bayly (2003).

birth modern world

Livre découvert et lu avec beaucoup d’intérêt dans sa version anglaise voici 2 ans. Il est aujourd’hui disponible en français :

Court extrait du compte rendu sur le site des clionautes

« Peu nombreux sont les ouvrages historiques qui font instantanément date.
Dans le domaine en rapide expansion de l’histoire mondialisée, c’est
Pourtant le cas du livre de Christopher Bayly, La Naissance du monde
moderne, et ce depuis sa parution originale en langue anglaise en 2003. Il n’est
pas excessif de prétendre qu’il a transformé la nature même de sa période –
le « long dix-neuvième siècle », entre les révolutions de la fin du XVIIIe
siècle et la Première Guerre mondiale – et de son sujet. Désormais, il
constituera le point de départ obligé de tous les travaux sérieux et de tous
les débats portant sur l’histoire du monde moderne. ».
Titulaire de la Chaire d’histoire impériale et navale à l’université de
Cambridge et spécialiste de l’Inde, le parcours de l’auteur explique sans
doute son approche qui fait de cet ouvrage un livre emblématique de la «
World history », courant proche de « l’histoire globale » française. Sur ces
courants, on se reportera utilement au numéro 185 d’août-Septembre 2007 de
la revue Sciences Humaines intitulé « L’autre Histoire du monde » dans
lequel C.A. Bayly signe d’ailleurs un long article inspiré par cet ouvrage.

Avant d’entrer dans le contenu des chapitres, il convient d’abord de mettre
en avant la démarche de l’auteur que l’on peut qualifier de «
métahistorique » et qui est sans conteste l’un des points forts de l’ouvrage.
L’auteur adopte dès l’introduction une démarche réflexive tant sur le sujet
(réflexion sur les causalités, sur la « modernité ») que sur son approche
historique.

Intégrant les apports critiques des « post colonial, post modern, cultural
ou subaltern studies »
, cette approche, comme le dit l’auteur à propos de
son livre, « soutient la théorie que toute histoire locale, nationale ou
régionale relève aussi dans une large mesure d’une histoire mondialisée »
et…

La suite:  http://www.clionautes.org/spip.php?article1712 »

Du même auteur, on peut lire (non traduit à ce jour en français) :

forgotten armies et forgotten wars (le premier déjà lu sur la destruction de la domination anglaise par les japonais en Asie du sud-est, le second à lire en 2008 sans faute sur la décolonisation de cette région après le retour des britanniques).

Sur un sujet voisin :

Histories_of_the_hanged Sur la répression de la rébellion Mau-Mau au Kenya (pour en finir avec… l’idée d’une décolonisation britannique qui aurait été, elle, pacifique, voir conviviale).

Lecture: Pour en finir avec la repentance coloniale de Daniel Lefeuvre (2006).

 

Daniel lefeuvre spécialiste de l’Algérie coloniale répond dans ce petit livre, à la fois à certains historiens (Blanchard, Bancel, Lemaire, etc.) et à ce qu’il faut bien qualifier désormais de "lobby victimaire".

Son argumentation peut se résumer ainsi:

  • La violence coloniale n’est pas génocidaire et n’annonce pas les camps d’extermination nazis. Au contraire, elle reprend les méthodes pratiquées en Europe aux siècles précédents ou à l’époque de la colonisation (Ravage du Palatinat, Vendée, répression de la commune de Paris).
  • La colonisation n’a pas été une bonne affaire. Elle coute beaucoup plus qu’elle ne rapporte et retarde le développement de la métropole (même si ponctuellement, elle bénéficie à certains groupes d’intérêt limités). Même le pétrole algérien est couteux et la France se serait approvisionnée à meilleur compte au Moyen Orient!
  • L’immigration n’est pas la fille naturelle de la colonisation. Les migrants d’origine coloniale constituent une étroite minorité: 1% de la population active française en 1951: Il est donc absurde de faire des immigrés coloniaux les reconstructeurs de la France. De même ils ne constituent pas et de loin la majorité des travailleurs peu qualifiés et sous payés de l’après guerre: Ce sont des Français, provinciaux d’origine souvent paysanne, et des immigrants européens qui constituent le gros des effectifs de Renault Billancourt par exemple (les 4/5° dans les années 50).
  • Les discriminations dont souffrent les migrants originaires de l’ancien empire ne sont pas spécifiques. On retrouve des discours similaires sur les autres populations immigrées d’origine européenne (Italiens, Polonais, …). La stigmatisation reprenant les mêmes formes (bruit, odeurs, spécificités inassimilables).

L’auteur conclue par ces mots: " Prétendre que les Français doivent faire acte de repentance pour expier la page coloniale de leur histoire et réduire les fractures de la société française relève du charlatanisme ou de l’aveuglement. Cela conduit à ignorer les causes véritables du mai et empêche donc de lui apporter les remèdes nécessaires. Le risque est grand, alors, de voir une partie des Français, bien persuadés qu’ils seront à jamais les indigènes d’une République irrémédiablement marquée du sceau de l’infamie coloniale, vouloir faire table rase et jeter, en même temps, nos institutions et le principe sur lequel elles reposent depuis la Révolution française l’égalité en droit des individus. Belle révolution en perspective — peut-être même déjà en cours —, qui amènerait à créer en France un patchwork de communautés, avec leurs spécificités, leurs règles, leurs droits, leur police et leur justice — à l’appartenance desquelles les individus seraient assignés, avec ou sans leur accord. Une France, grâce à l’action du MRAP, définitivement débarrassée de l’horreur laïque, où chacun pourrait exhiber au sein des établissements scolaires ses convictions religieuses ou politiques. Une France où l’on serait blanc, noir ou arabe, chrétien, juif ou musulman éventuellement athée — avant d’être français. Bref, une France de l’Apartheid."

Une réponse à ce livre sur le thème de la repentance sur le site de la LDH-Toulouse.

à lire également dans le n° 336 de la Revue L’histoire (disponible au CDI) la réponse au documentaire L’honneur perdu du 9-3


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