Posts Tagged 'Inégalités sociales'

La diversité: une sorte de " gauchisme des classes supérieures "

le_mondeSelon Le Monde: « Le paradoxe est flagrant : au moment même où l’élection du métis Barack Obama fait entrevoir l’avènement d’une Amérique postraciale, la France républicaine découvre avec quelques décennies de retard les vertus de la  » diversité « .

A rebours d’une Amérique qui s’interroge sur la validité des catégories raciales, l’Hexagone est tenté par la rhétorique identitaire, voire les statistiques  » ethniques « . Avec l’art délectable de l’autodérision que les Américains savent parfois manier, Walter Benn Michaels, professeur de littérature à l’université de l’Illinois à Chicago, signe un pamphlet décapant. Ce petit livre nous met en garde contre l’adoption d’un modèle qui, séduisant en apparence, porterait en lui la destruction d’une valeur centrale : l’égalité.

Même en France, la question n’est pas nouvelle. Le débat entre  » droit à la différence  » et  » droit à l’indifférence  » a divisé la gauche comme la droite depuis plus de vingt ans. La querelle à propos du  » foulard islamique  » en a été le paroxysme.

Mais aujourd’hui un certain consensus semble s’être opéré autour de la notion floue de  » diversité « . Michaels nous alerte :  » La « diversité » n’est pas un moyen d’instaurer l’égalité, mais une méthode de gestion de l’inégalité. «  D’ailleurs,  » une France où un plus grand nombre de Noirs seraient riches ne serait pas économiquement plus égalitaire « .

Alors que les idées de  » respect des identités «  et de  » diversité «  font, en France, surtout l’objet des critiques de la droite et de l’extrême droite, prompte à ridiculiser le ralliement de Nicolas Sarkozy au politiquement correct de gauche, c’est à une virulente charge de gauche que se livre l’universitaire américain.

Pour lui, les inégalités sociales  » résultent du capitalisme et du libéralisme économique et non du racisme et du sexisme « .

Nouvel opium du peuple, la dévotion pour la  » diversité  » permettrait d’évacuer la question sociale et faciliterait la soumission à l’ordre inégalitaire établi. Masquant les différences de classe, elle constituerait un piège pour une gauche en mal de valeurs spécifiques. A l’appui de sa démonstration, il souligne que le succès de la  » diversité «  aux Etats-unis a coïncidé avec une augmentation vertigineuse des inégalités de richesse depuis les années 1980.

L’avertissement est d’autant plus crédible qu’il provient d’un Américain, qui plus est membre éminent de l’université, lieu emblématique de l’ » affirmative action «  destinée à promouvoir la diversité raciale. Les pages dans lesquelles Michaels raille la bonne conscience que donne aux fils de famille la présence de quelques Noirs dans les universités prestigieuses au coût exorbitant figurent parmi les plus savoureuses d’un ouvrage truffé de références puisées aussi bien dans la littérature que dans la vie quotidienne.

Ainsi, la diversité serait une sorte de  » gauchisme des classes supérieures « , un moyen pour les riches de faire oublier leurs privilèges et de se libérer de toute culpabilité. La religion du  » respect «  des pauvres transfigurés en personnes  » différentes «  ou perçues à travers la couleur de leur peau justifierait le maintien du statu quo social.  » Tant que les affrontements concernent l’identité plutôt que la richesse, peu importe qui les gagne. «  Quant à la notion de  » race « , anéantie par la biologie, elle est réhabilitée sous le couvert, là encore, de respect des identités. Michaels mitraille méthodiquement les piliers du politiquement correct américain.  » Exprimer ses regrets pour l’esclavage, le colonialisme, la Shoah, manifester son respect pour les gens (…), assène-t-il, revient bien moins cher que leur verser un salaire décent.  »

Extrait d’une critique publiée par le Monde (Dimanche-lundi 14 et 15 mars) Lire la suite au CDI, sur Internet, en kiosque ou par abonnement (16€ par mois pour les lycéens!)

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la crise en californie… c'est pire!

2009_04_09_californie_criseCalifornia dreamin, très bon blog sur le site de Rue89. Armelle Vincent vit depuis 18 ans aux Etats-unis et travaille pour plusieurs journaux français. Son blog permet de suivre concrètement, au ras du sol la progression de la crise outre-Atlantique. Dans un système qui n’est pas comme le notre « paralysé par les lourdeurs bureaucratiques », les cowboys ruinés laissent mourir leurs chevaux de faim et dans les écoles, on coupe la photocopie:

« Au lycée de mes enfants, les coupes budgétaires ne permettent plus de mettre à la disposition des élèves un nombre suffisant de livres. Ils sont donc obligés de se les passer entre eux. Et puis ils doivent désormais imprimer à la maison les feuilles de devoirs que leur remettaient jusqu’à présent leurs professeurs à la fin des cours. Je me demande ce que font les gens qui n’ont ni ordinateurs ni imprimantes. Les établissements scolaires se sont d’ailleurs mis à faire appel aux parents pour remplir leurs caisses.

Vu la situation financière de plus en plus catastrophique d’un nombre croissant de parents, on est mal partis. »

http://www.rue89.com/california-dreamin/2009/04/09/en-californie-les-stigmates-de-la-crise-se-multiplient

Lectures: Walter Benn Michaels, La diversité contre l'égalité, Raisons d'agir, 2009.

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Michaels est un universitaire américain. Il a pu observer sur les campus, et dans l’ensemble de la société américaine, les ravages provoqués par la monté en puissance de la question de la diversité. À partir d’exemples précis, il tente de démontrer, avec beaucoup de justesse à mon sens, que le combat pour la diversité a pour but essentiel d’enterrer la question sociale, de nier la pauvreté et accessoirement de donner bonne conscience aux terrifiants bobos, désormais dispensés de tout effort en faveur d’une société plus juste.

On comprend mieux dès lors l’engagement du Président actuel et de grands patrons en faveur de la diversité et  de l’affirmative action : « Respecter » les gens est moins coûteux que de les augmenter… Elle permet également de diviser profondément les classes populaires, désormais séparées par des intérêts divergents. C’est ainsi que les politiques de discrimination positive se développent au rythme de la croissance des inégalités. Le livre met également en valeur la trahison de la gauche, qui s’est éloignée de son « code génétique » qui était le combat contre les inégalités. L’auteur pose enfin la question du sens qu’on peut donner aux identités culturelles qui ne sont pour lui qu’une formule sans vraie substance pour revenir au vieux concept de race qu’on croyait bien enterré.

Exemple extrait de l’ouvrage :

Randall Robinson, l’un des plus énergiques partisans des réparations, imagine dans son livre The debt le cas d’une petite fille Sarah dont les résultats scolaires ne cessent de se dégrader… Que l’échec scolaire de Sarah soit dû à la pauvreté ou à la « pathologie » de sa culture, Sarah, elle n’y est pour rien : ce n’est pas elle qui s’est faite pauvre ; ce n’est pas elle qui a créé sa culture. Sa situation est l’effet d’une cause, le produit d’une histoire qui a pris fin bien avant sa naissance. Cette histoire (l’esclavage, les lois Jim crow et leurs répercussions) qui a produit ce que Robinson caractérise comme « le gouffre économique béant qui sépare les noirs des blancs dans ce pays »…
http://cbhg.org/wp-includes/js/tinymce/plugins/wordpress/img/trans.gif
Supposons qu’un Martien débarque sur Terre et que nous lui exposions notre problème. Les Afro-Américains représentent environ 13 % de la population américaine. Mais leur importance est disproportionnée (autour de 32 %) dans le quintile le plus pauvre de la population, disproportion que l’on retrouve, en sens inverse, pour la place qu’ils occupent au sein des 5 % des foyers les plus riches (1,7 %). Le Martien, usant de son pouvoir, fait disparaître les effets économiques de l’esclavage ainsi que du système Jim Crow, et met un terme à cette disproportion. Désormais, les Noirs, qui représentent 13 % de la population américaine, représentent également 13 % des pauvres et 13 % des riches. Nous souhaitons bon retour au Martien et nous le remercions… de quoi ? La société américaine a-t-elle été transformée d’un coup de baguette magique en une société économiquement plus juste ? Non, l’Amérique d’après les réparations est exactement aussi inégalitaire que celle d’avant. Tout ce que notre Martien a fait, c’est changer la couleur de peau de beaucoup de pauvres et de quelques riches ; mais en rien modifié la répartition des richesses. Nous ne pouvons le remercier que pour une seule chose : avoir supprimé l’inégalité raciale dans cette répartition. Mais le fossé économique qui sépare les riches des pauvres est toujours là; seul a disparu le fossé économique qui séparait les Noirs des Blancs.
En sommes-nous plus avancés ? L’objection la plus évidente est que laisser intactes les inégalités économiques de la société américaine en se contentant de répartir différemment la couleur de peau de ceux qui en souffrent et de ceux qui en bénéficient peut difficilement passer pour un progrès – en tout cas, si ce que nous recherchons est l’égalité économique. Mais le problème que le mouvement pour les réparations se propose de résoudre n’a rien à voir avec celui de l’inégalité économique. Une réparation est une compensation : elle rend à chacun ce dont il a été spolié.
Lorsque nous retournons à son propriétaire un bien qui lui a été dérobé, nous ne nous soucions pas de savoir si (par exemple) le tableau volé appartenait à un riche ou à un pauvre : la richesse pas plus que la pauvreté ne constitue un droit à la propriété du tableau en question. Personne aujourd’hui n’est plus attaché aux droits de la propriété que le mouvement pour les réparations – et les conservateurs, qui partagent cet attachement, devraient logiquement être ses plus ardents défenseurs. Ils pourraient même invoquer à leur appui certains propos tenus par le philosophe conservateur le plus influent de la seconde moitié du siècle dernier, Robert Nozick, pour qui  les  « descendants» des « victimes» de «la plus grave injustice » devaient « obtenir compensation » de la part des « bénéficiaires de [cette] injustice » ».
Le principe sur lequel se fondent ces propos est que toute injustice demande réparation, quelle que soit son ancienneté. C’est un principe conservateur, parce qu’il repose sur l’appel à la restitution de la propriété volée, qu’il s’agisse du travail des esclaves ou des biens des Juifs (exterminés). Et son champ d’application ne demande qu’à s’élargir, Les descendants de l’injustice ne sont pas seulement les Afro-Américains et les Juifs. Devons-nous oublier les Indiens d’Amérique ? Devons-nous oublier les mineurs des Appalaches et les petits cultivateurs blancs ? Dès lors qu’on commence à rechercher les injustices du passé, la liste ne cesse de s’allonger. Du coup, on trouve des injustices même là où l’on n’avait pas l’impression qu’il fallait en chercher. Certains critiquent les réparations au nom du fait que les descendants riches des esclaves bénéficient en fin de compte des mêmes réparations que les pauvres. Mais les riches n’ont pas moins droit que les pauvres à la restitution de leur propriété; quiconque est prêt à restituer au SDF du coin de la rue l’équivalent de 20 hectares et d’une mule devrait éprouver une satisfaction égale à faire la même chose pour ‘Tiger Woods ».
Il n’en reste pas moins que notre société compte statistiquement fort peu de Tiger Woods; dès lors, il est tout à fait logique, pour ceux d’entre nous qui se sentent concernés par une distribution plus équitable des richesses, de soutenir le mouvement pour les réparations : en effet, l’argent distribué bénéficiera à bien plus de pauvres que de riches. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue qu’il n’y a rien d’égalitaire dans ce principe : l’injustice subie par des petites filles comme Sarah n’a rien à voir avec le fait qu’elles soient des descendantes de personnes victimes d’injustices dans le passé. En fait, tout cela n’a aucun rapport avec le passé.
Supposons que je sois l’ami blanc de Sarah et que mon père n’ait pas été un esclave, mais un propriétaire d’esclaves. Supposons que, au moment de l’abolition de l’esclavage, le projet des républicains radicaux consistant à répartir les plantations entre les esclaves qui y avaient travaillé ait été mis en œuvre et que mon père esclavagiste ait perdu non seulement tous ses esclaves mais également la totalité de ses terres. Tombé dans le dénuement, il se serait mis à boire, aurait abandonné ma mère alors qu’elle était enceinte, et
cette dernière aurait dû m’élever seule, dans l’incapacité aussi bien de subvenir à mes besoins (puisqu’elle n’avait jamais travaillé un seul jour de sa vie) que de s’occuper correctement de moi (puisque, dans sa famille, ce sont les esclaves étaient chargés d’élever les enfants). À l’âge de neuf ans, je connais des problèmes scolaires : j’ai de mauvaises habitudes de travail ; ma mère est trop déprimée pour lire avec moi ; mes notes en lecture dégringolent. Suis-je fondé à recevoir des réparations ? De toute évidence, non. Que répareraient-elles ? Mes ancêtres n’ont pas été enlevés pour être réduits en esclavage — bien au contraire : ce sont eux les ravisseurs et les esclavagistes. !, Les partisans des réparations évoquent «l’histoire» de Sarah (c’est-à-dire celle de ses ancêtres) comme un parcours mêlant souffrance et noblesse d’âme; dans mon cas, le parcours mêlerait exploitation et cupidité. Du point de vue des exigences historiques du mouvement pour les réparations, Sarah et moi représentons donc des cas complètement différents. Mais je ne suis pas plus responsable de ma pauvreté que Sarah de la sienne. Je ne mérite pas de compensation. Cela signifie-t-il pour autant que je mérite ma pauvreté ? »
Lire la suite ‘Lectures: Walter Benn Michaels, La diversité contre l'égalité, Raisons d'agir, 2009.’

7-49 up: le meilleur documentaire de tous les temps!

7-49upCommencé en 1964, cette série a suivi de 7 à 49 ans un groupe d’enfants britanniques issus de milieux sociaux très différents. Sur un demi siècle ou presque, certaines théories de Bourdieu reçoivent une brillante confirmation, mais pas systématiquement… De nature à convaincre certains parents d’acheter ce vieux classique: tout se joue avant 7 ans…

Accessoirement, les images le confirment, les Anglais ont TOUS des dents de lapins!


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